Le désastre des astres 2018

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L’astrologie est une science fascinante. L’étude du mouvement des planètes et des étoiles passionne l’homme depuis la nuit des temps. Étrangement, c’est dans les magazines féminins qu’il sera le plus commenté. Lorsque le moment de la nouvelle année arrive, le marché de la presse se trouve écrasé sous le joug de la dictature astrologique. Personne ne croit en son horoscope, mais tout le monde le lit ! Pourtant quand arrive une nouvelle année, c’est une période propice pour faire le bilan de l’an passé et de bien prévoir de beaux projets pour celle à venir. Dans les années passées, j’avais pour habitude de faire un horoscope humoristique, mais puisque ma plume a pris du galon (plume sergent-major!), j’ai décidé de faire un vrai horoscope tout à fait sérieux.

Pour faire un bon horoscope, nous avons donc besoin d’un grand verre de Whisky (voire deux ou trois si nécessaire!) pour l’inspiration, de bons voyants (des témoins lumineux feront l’affaire), une douzaine de signes (de taille médium), d’un ou une astrologue (on en trouve sur le bon coin ou sur adopteunastrologue.com) et bien sûr d’une belle andouille pour écrire tout ça ! Les jeux de mots utilisés sont d’origine de la Communauté européenne et garanties sans OGM.

Bélier

On sent arriver le Bélier à des kilomètres à la ronde. C’est un signe de feu, hâtif et pas toujours tondu, donc ça sent le roussi ! Le bélier est un fonceur et fait le bonheur des carrossiers et des serruriers qui aiment bien quand la portière ou la porte sont enfoncées. Ceux-ci facturent à prix d’or au Bélier qui persiste dans sa fougue. Le bélier est généralement bien carrossé, mais bien cadenassé par leur tempérament bouclé. En ce qui concerne sa parade amoureuse, le Bélier vous fait un rentre-dedans afin de vous séduire, c’est son côté empressé qui fait tout son charme.

Taureau

Le Taureau est comme le Bélier, mais avec un caractère plus terre-à-terre. Donc, oui, c’est un signe de terre. Le côté sanguin du taureau fera qu’il s’emporte vite quand il voit rouge, puis il se mettra au vert durant un instant pour broyer du noir ensuite. Le taureau n’est pas fonceur, mais plutôt enfoncé ! On aimera « son petit pet » au casque quand, bien qu’il n’aime pas la corrida, il entrera en entier dans l’arène. Ceci dit, en amour, il ne rentrera dans la reine qu’une plus petite partie, c’est ce qui fait son côté rassurant au point de vue séduction.

Gémeau

Le gémeau est un signe simple, mais étant un signe d’air, on dira qu’il a l’air louche. Hé oui, cette singulière personne, sous le regard du strabisme convergent du zodiaque fera qu’on le verra comme un signe double. Mais le Gémeaux s’en fout de tout ça, il a les mots pour répondre. Pour séduire un gémeau, on ne sait jamais comment s’y prendre, car sur l’autoroute de l’amour, on a tendance à être gauche à persister de rester sur la ligne droite, et c’est à ce moment que le signe double double (Oui, deux fois!)

Cancer

Le cancer est un signe discret, c’est un signe d’eau tout comme les fruits de mer, les poissons, les insectes et la perdrix. Le cancer ressemble beaucoup à la perdrix d’eau qui ne sachant pas nager, ni voler, cachant ainsi ses sentiments, la perdrix d’eau se posera aux fenêtres tandis que le cancer se cachera derrière la paire de rideaux. Pour séduire un cancer, en premier lieu, nous éviterons tout humour oncologique. Nous préférerons alors un petit vin blanc afin que, comme tout fruit de la mer, ce signe ouvre lentement sa coquille afin de révéler la perle qui est à l’intérieur.

Lion

On ne peut rester insensible devant ce gros matou zodiacal. Le Lion est comme un missile : solaire ! Tout comme la balistique militaire sol-air, il a l’ambition de s’élever très haut. A contrario du loup, le lion se refusera de se déguiser en grand-mère pour tenter de dévorer le petit chaperon rouge. C’est pour cela qu’en amour, le lion est un signe très chaud. Il aime la bonne braise et jouer avec le feu. Oui, le lion est partageur. Il aime braiser avec les autres signes, mais lorsque celui-ci se brûle. Le félon félin fait court !

Vierge

Les pieds sur terre, mais les fesses à l’air. La vierge fait rêver par sa nature. Une des huiles de l’astrologie, le docteur Olive, disait au sujet de ce signe : c’est extra Vierge ! Le pauvre homme finit très mal, cette maxime célèbre finit de l’inculper dans la cuisine avec le chandelier pour le meurtre du docteur Lenoir ! Depuis, la vierge est sur sa réserve, ne se découvrant que très peu. Sauf en amour, là où la vierge n’est pas farouche. Dévêtue, elle dira à l’être aimé : « Et mes jambes, tu les aimes mes jambes ? Et ma lune ? Tu l’aimes ma lune ?

Balance

L’air de rien, ce signe à l’air entraînant quand il est entraîné. Musicien dans l’âme, c’est un signe qui balance grave quand il est dans l’air du temps. Le poids-plume du zodiaque peut balancer du lourd quand il est en colère, ma mère est balance. C’est pour dire, elle pourrait balancer des dossiers à mon sujet. En amour, la balance est un signe équilibré, mais quand les moteurs de la passion s’embrasent, l’amour se vit à plein régime.

Scorpion

C’est le rocker au coeur tendre du zodiaque. Le scorpion aime le hard-rock et le métal. Mais le scorpion est un signe d’eau, et afin que le monoxyde de dihydrogène (appelé aussi eau) , ne l’oxyde pas, il préféra la bière et se cachera sous sa carapace de cuir afin que ne pas être blessé. En amour, le scorpion peut être parfois un peu piquant par son côté atypique. Mais on l’aime bien le scorpion quand on arrive à comprendre qu’il est un peu comme le castor qui construit son habitat avec sa queue, celui-ci le défend également avec !

Sagittaire

Attention ! Le sagittaire est le plus brûlant de tous les signes du zodiaque. Têtu comme un âne, cet étalon (ou jument) astrologique est indomptable. Il n’en fera qu’a sa tête… Dans les signes de feu, le bélier dit : « J’arrive ! » , le lion dit : « Je suis là ! » Afin d’emmerder le monde, le sagittaire dit « Si c’est comme ça, je vais plus loin ! ». L’étalon du zodiaque est ainsi, un vrai rebelle libre et indépendant. En amour, le sagittaire séduit, l’homme est monté comme un cheval, la femme avec une croupe cavalière, le sagittaire vous invite au rodéo de l’amour. Accrochez-vous !

Capricorne

Ce n’est pas simple un Capricorne ! Déjà rien que le signe en lui-même est une vraie manipulation génétique : mi-chèvre, mi-« je ne sait pas quoi ». Le capricorne est tellement terre à terre qu’il peut vous enterrer en moins de deux ! C’est ce qui le rend redoutable. Tout comme la salicorne, le capricorne est le condiment de l’amour, il épice le quotidien. Son côté casanier fera qu’il vous attachera aux barreaux du lit et la nuit n’en sera que plus pimentée.

Verseau

Peu de gens savent qu’Eve était verseau. On se souvient tous de cette chanson : « Eve, lève-toi » qui était inspirée d’écrits anciens écrit en latin : « Erecto verseau ! » Cette locution latine est encore très prisée par les vendeurs de photocopieuses et les marchands d’imprimantes. Le verseau ne manque pas d’air et possède un fort tempérament, c’est pour cela qu’il est représenté alors qu’il met de l’eau dans son vin… Quoi que cela pourrait être du pastis ! En amour, le verseau est explosif, il suffit d’une petite étincelle pour que celui-ci s’embrasse des feux de la passion.

Poisson

Le poisson est le plus bruyant de tous les signes. Le poisson sait très bien nager, sauf quand il n’est pas dans l’eau. Sur terre, il fait comme les autres, il marche et fait moins le malin. Il retrouve son aisance sur la route, où il vous fera de très belles queues de poisson. En amour, le poisson est très expressif. La femme poisson est appelée sirène… Une vraie sirène d’alarme ! Lors des ébats, celle-ci alerte qu’il se passe quelque chose, à un tel point que même les voisins viennent cogner à la porte pour que le bruit cesse. Ça sent le poisson ? Non, le vécu…

Prévisions de l’année

Je n’ai rien prévu cette année. D’ailleurs, je ne prévois jamais rien. Quand on prévoit, on est généralement déçu. Alors, on se laisse guider par son intuition, ce sera mieux ainsi. L’avenir n’est pas écrit à l’avance. C’est nous qui l’écrivons. Et lorsque la fin d’année arrive, on fait le bilan de l’année écoulée. Puis on se donne quelques objectifs afin de les atteindre. J’aurais pu faire un vrai horoscope, mais ce genre d’horoscope que nous trouvons dans la presse n’est pas fiable. Un horoscope, c’est comme une brosse à dents : c’est personnel ! Nul ne peut prévoir ce que sera faite notre vie. Le libre-arbitre nous appartient. Pour cela, osez, écoutez-vous, suivez vos envies, autoriser vous d’être vous-même, ayez confiance en vous, aimez, prenez soin de vous, tout dans la juste mesure, explorez de nouveaux horizons, découvrez-vous sous un nouvel angle, dans cette douceur, on ne peut que s’épanouir. Une nouvelle année commence, celle-ci sera la vôtre, si vous le décidez…

©S.L – 31 décembre 2017

Illustration : Les derniers moments de Maximilien, empereur du Mexique – Jean-Paul Laurens – 1882

Toutes ressemblace avec des personnes, faits ou évènements passés, présents ou futurs, ne sont bien évidement que pur coïncidence. Si les symptômes persistent, consultez votre médecin!

Nouveau départ (l’élan du coeur)

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Lyon, 13 novembre 2017

Le temps de novembre était devenu subitement gris et froid. Sébastien Lubeck avait reçu un message du « Romain » ce matin. Il lui avait donné rendez-vous ici, dans un des carrés du cimetière de Loyasse. Celui-ci était vide, la cohue de Toussaint était déjà loin, et cet endroit était idéal pour se donner rendez-vous. Les indications étaient précises, mais il lui fallu un temps d’adaptation afin de se repérer. Après un bon quart d’heure, il trouva l’endroit. C’était une petite tombe, oubliée dans un recoin. La terre avait été fraîchement retournée. Il resta un long moment à observer et s’alluma une cigarette.

— Je croyais que tu avais arrêté ? Coupa une voix derrière lui.

Lubeck se retourna et vis le visage du romain qui lui souriait.

— Je croyais aussi… Dit-il en jetant son mégot au sol. Si je comprends bien…

—  Je suis parti à Rome durant la semaine. Nous avons longuement palabré sur ton cas. Ce ne fut pas si facile que ça !

Lubeck se mit à sourire, puis regarda une fois de plus la tombe. C’était une sensation étrange, il ne savait plus dans quoi il venait de se plonger.

— J’ai fait un nouveau rêve cette nuit. Je voyais cet homme, ce « voyageur », il courait à travers une ville. Les remparts de la cité tombaient un à un. Puis, il s’est retrouvé dans une salle de conseil. Ils étaient plusieurs. Ils parlaient de moi, de toi, de notre nouvelle collaboration. Ils disaient que je n’était pas encore prêt.

— Tu te souviens d’un visage ? D’un nom ?

— Non, c’était flou et sombre. Je n’ai su que le nom de cet homme : Daleth. C’était lui qui était en charge de vieller sur moi

— C’est la quatrième lettre de l’alphabet hébreu. Cela ne nous avancera pas, mais j’en prends bonne note.

Les deux hommes marquèrent une pose, puis le romain reprit la parole.

— Bon. Ta requête a été acceptée. Les discussions ont été assez houleuses. Il nous a fallut sortir quelques vieux dossiers des archives. L’argentin n’avait pas eu connaissance de vos dossiers. Pour beaucoup, ils pensaient que les fondateurs étaient morts ! Je leur ai dit que tu étais prêt à collaborer.

Lubeck hocha la tête et écouta la suite du discours.

— Tu sais le SSV a beaucoup changé. Nos missions sont plus conventionnelles et axée sur du renseignement. Nous ne faisons plus officiellement de recherche sur le paranormal. Avec cette vague d’attentat que le monde à subit, nous avons constitué un groupe mixte inter-religieux pour la surveillance des territoires. Cela a considérablement changé notre façon de travailler et surtout de penser. Nous avons parlé de toi au comité et je me suis porté garant pour toi.

Le romain tendit une épaisse enveloppe que Lubeck ouvrit immédiatement.

— Stéphane Vescove ? Qui était cet homme ? Demanda-t-il en découvrant ses nouveaux papiers d’identité.

— Cet homme est mort depuis longtemps. C’est lui qui est enterré là. Nous n’avons fait que le ressusciter, nous avons dû pour cela pirater le fichier national. Ce ne fut pas si facile que cela en à l’air. Et comprends bien que nous avons pris de gros risques !

— Je comprends. Mais que voulez-vous de moi?

— Pour l’instant, on va encore te laisser en sommeil. J’ai négocié cela. Mais attends-toi à ce que l’on t’appelle bientôt…

— Je m’en doute bien. Merci quand même !

— Il y a un second point sur lequel je me suis entretenu personnellement avec l’argentin. C’est au sujet de l’écriture…

Lubeck releva subitement la tête.

— C’est-à-dire ?

— Nous avons parlé de tes textes. Si son prédécesseur ne voyait pas tes écrits d’un bon œil. Lui, en revanche, t’encourage fortement. Mais à une condition…

— Laquelle ?

— Que tu modifies quelques lignes et certains passages. Tu peux permettre de remettre en lumière notre institution. Tu as même l’autorisation de mettre en récit nos aventures ?

— Sois plus précis ? Je ne saisis plus très bien. Il y a 3 ans, vous vouliez me tuer et maintenant, vous me demandez que j’écrive pour vous ?

— Oui. Il y a une grande différence entre un Mariste et un Jésuite ! Nous voyons dans ces écrits la possibilité de mettre de la lumière sur notre institution, mais aussi une obscurité sur nos services. C’est une très belle opportunité, mais comme tu dois t’en douter, nous serons encore là pour filtrer.

— C’est une semi-liberté en fait.

— Appelle cela comme tu le veux. Mais c’est une chance à saisir. Par contre, concernant le « voyageur », bien évidement…

— Je te tiens au courant !

Le romain tendit la main et Lubeck l’empoigna.

— Félicitation, monsieur Vescove ! Bienvenue au SSV…

— Pas de coup dans le dos fois-ci ? Demanda-t-il.

— Non, plus de coup dans le dos. Tu fais partie de la maison ! D’ailleurs… J’ai oublié de te donner ça.

Le romain sortit de sa poche un revolver.

— C’est un Beretta 92, semi-automatique, 9mm, chargeur de 15 coups. C’est une arme fiable !

— Pourquoi une arme ?

— C’est au cas où ! Tu regarderas dans tes documents, tu as une immunité diplomatique qui te permet la libre-circulation de celle-ci. Officiellement, Sébastien Lubeck est attaché diplomatique pour le Vatican. Le nom de Vescove, ta seconde vie, ce sera uniquement pour l’écriture au départ. Maintenant, libre à toi de gagner la confiance de l’Iscariote.

— Plus je collabore et plus Vescove gagne en liberté. C’est ça ?

— Tout a fait, mon ami ! Tu as tout compris !

Le romain lui tapa sur l’épaule, puis s’éloigna.

— Je t’appelle dans la semaine ! Lança-t-il avant de disparaître.

Lubeck regarda tout autour de lui, il regarda la tombe, l’épaisse enveloppe contenant tous les éléments de sa nouvelle vie, puis son regard se posa sur cette lourde arme à feu qu’il coinça dans sa ceinture. Il n’avait jamais porté d’arme, il n’avait jamais tiré sur quelqu’un et là. Il n’avait pas l’habitude de tout ça. C’était au cas où, lui avait dit le romain. Mais il espérait de tout cœur de ne pas devoir l’utiliser.

Lubeck attendit quelques minutes, il alluma une dernière cigarette. Puis s’éloigna lentement afin de rentrer chez lui et examiner tout ce que l’on venait de lui donner. Ce qu’il était surprenant, c’est la bénédiction de pouvoir réécrire. Il avançait lentement, le temps était frais. Il avait envie de prendre un café, mais la présence de cette arme coincée dans la ceinture de son pantalon le mettait terriblement mal à l’aise. Dans les recoins du cimetière, deux ombres l’observaient. Silencieuses et invisibles, elles avaient observé toute la scène.

— Tout se passe comme prévu ! Ton élève avance bien, mon cher Daleth. Mais arrivera-t-il à se souvenir de tout ?

— Il prend conscience de sa nature. C’est très encourageant. Mais pourquoi ce curé ? Pourquoi eux, mon cher Mem ?

— C’était écrit ainsi. C’est ce qui était écrit dans le livre… C’est lui qui les a choisis, pas eux ! N’oublie pas que nous vivons en lui et que lui vis en nous. Nous sommes tous liés, mais c’est lui qui mène la danse.

Daleth poussa un long soupir puis regarda la silhouette de l’homme s ‘éloigner et disparaître au détour du cimetière. L’instructeur baissa la tête puis tapa sur l’épaule de son ami Mem.

— Où cela va-t-il nous mener ? Cher auteur… Sais-tu au moins où tu vas nous emmener ? Dit-il avant de disparaître à son tour.

©S.L – 13 novembre 2013

L’inversé (L’élan du cœur)

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Lyon, 5 novembre 2017 – 18h45

Malgré le temps gris et froid qui s’était installé, la basilique de Fourvière avait eu, bon nombres de visiteurs aujourd’hui. Le changement d’heure et l’obscurité précoce n’avait pas découragé les touristes et les Lyonnais venus découvrir ou se recueillir. Le père François consulta sa montre, il allait bientôt être 19 heures. Les derniers visiteurs commençaient à se diriger tout naturellement vers la sortie. Seul un homme restait là, assis silencieusement, le regard plongé sur celui de la statue de la Vierge. Calmement, le prêtre s’approcha de lui.

— Monsieur ! Nous allons bientôt fermer. Dit-il d’une voix paisible et douce.

L’homme le regarda, non, il n’avait pas le regard vide et triste de ces êtres qui restait longtemps à méditer, prier ou tout simplement à chercher la foi. L’homme avait le regard décidé, et lui répondit tout en esquissant un large sourire.

— Je suis au courant, mon père ! Je connais les horaires. Je suis venu, car je voudrais voir un de vos prêtres exorcistes.

— Un exorciste ? À cette heure ? Monsieur, il est tard et nous allons bientôt fermer. Revenez demain !

L’homme ne se décourageait pas. Il inspira lentement et reprit la parole.

— Je vous l’ai dit, mon père. Je connais les horaires. Je suis venu m’entretenir avec le Romain.

— Le Romain ? S’étonna le curé.

— Oui, le Romain ! Allez voir votre exorciste, dites-lui que je veux le voir. S’il vous demande pourquoi je suis là, dites-lui que j’hésite entre une confession et une extrême-onction. Allez le voir, s’il vous plaît. Je ne partirais qu’après m’être entretenu avec lui.

Le prêtre regarda cet étrange personnage qui continuait à sourire à la Vierge. Cet homme n’avait pas l’air d’un détraqué. Le prêtre se retira et prit son téléphone portable pour appeler son confrère qui s’occupait des confessions. Il expliqua les propos de cet homme et dès qu’il prononça le nom du « Romain », de cette mystérieuse phrase prononcée, il lui fut signalé de faire attendre l’homme dans la crypte. Le prêtre s’exécuta et invita l’homme à le suivre dans la crypte. L’homme le remercia, il le vit s’enfoncer dans les escaliers. Le prêtre l’entendit descendre lentement les escaliers, puis referma la porte. Peu de temps après avoir fermé la basilique aux visites, il vit un jeune prêtre entrer. Il ne le connaissait guère, il savait que celui-ci travaillait pour le cabinet du cardinal. Celui-ci le remercia et l’invita à partir.

— Nous nous en occupons ! Lui dit-il.

— Nous ?

— Oui, nous fit une voix derrière lui.

Le prêtre se retourna et vit un autre de ses confrères. Lui aussi était proche du cardinal, mais qu’il ne connaissait que de vue. Nombreuses étaient les légendes sur lui, certains disaient qu’il dépendait du Saint-Siège directement et que même le Primat des Gaules n’avait aucun pouvoir sur lui. Le prêtre s’inclina et sortit de la basilique. Avant de refermer la porte, il s’exclama de stupeur en voyant ces deux prêtres sortir des armes à feu. Il traversa la place très rapidement afin de rejoindre ses quartiers et oublier très vite ce qu’il venait de voir.

Le jeune prêtre descendit les marches qui rejoignait la crypte. L’homme se trouvait là, assis au premier rang. Le crâne dégarnit, une barbe de quelques jours, l’homme continuait de sourire. Lui avançait lentement, ce mystérieux visiteur tourna la tête afin de regarder le jeune curé qui avançait vers lui, les mains dans le dos.

— Vous n’êtes pas le Romain! C’est avec lui que je veux m’entretenir.

Le jeune prêtre mit en joue le visiteur. Celui-ci regarda le prêtre, et se mit à sourire.

— Vous avez changé de fournisseur ? Le MK4 n’était plus fiable ?

— Qui êtes-vous ? Que lui voulez-vous ?

L’homme se mit à pouffer de rire.

— Je ne suis pas armé. Dit-il en levant les mains. Vous pouvez vérifier. Ni micros, ni armes !

Le prêtre vérifia les dires de l’homme, en le fouillant. L’homme lui tendit sa carte d’identité. Tout en le gardant en joue, celui-ci prononça à haute voix le nom inscrit dessus.

— Sylvain Lubeck… Ça vous dit quelque chose ?

Les bruits de pas se firent entendre, l’homme et le jeune prêtre regardaient la silhouette du Romain sortir de l’ombre.

— Range ton arme, Kandjar ! Il est de la maison, lança-t-il avec un accent italien. Notre ami est un ancien de la maison. On peut lui faire confiance.

Tandis que le jeune prêtre rangea son arme dans le holster sous sa veste grise. Le prêtre et l’homme restèrent quelques minutes à se regarder dans les yeux, puis ce dernier brisa le silence.

— Salut Romain ! Ça fait longtemps !

Le prêtre soupira puis esquissa un sourire. Les deux hommes se serrèrent la main puis se rapprochèrent pour se donner une accolade.

— Luc, je te présente Monsieur Lubeck, alias Mercure. C’est un ancien de nos services, nous avons travaillé pendant plusieurs années avant que notre ami décide de se retirer. Je te présente par la même occasion, Luc, alias Kandjar, c’est mon assistant.

— Tu ne travailles plus en solitaire, maintenant ?

— Oh que non ! Nos services ont subi de grandes modifications, il y a fallut faire le ménage. Tu sais ce que c’est, mon ami.

— Je connais les méthodes de la maison. Le Sodalitium Secretum Vaticanum à toujours des pratiques peu orthodoxes. Je n’oublie pas que la dernière fois que je t’ai vu, vous vouliez m’éliminer.

— Nous avons conclu un pacte, mon ami ! Et j’ai tenu parole ! Mais je doute que est venu me parler du bon vieux temps.

— Effectivement. Dit-il en s’asseyant. Si je suis venu, c’est pour ma promesse. Ça recommence…

Le Romain s’assit à son tour, les yeux écarquillés de surprises.

— Ça recommence ? Tu veux dire que…

— Oui, fit l’homme.

Le responsable du SSV, regarda son jeune assistant qui semblait désorienté. Il l’invita à prendre place.

— Tu permets que je lui explique ?

L’homme répondit d’un signe de tête.

— Notre ami, ici présent fait partie des fondateurs. C’était une époque, où nos services effectuaient encore des recherches scientifiques et ésotériques. Nos services étaient encore dirigés par ce que l’on appelait les archanges. Le SSV se composait de 4 services distincts et indépendants. Je faisais partie de cette section. Les fondateurs étaient des individus volontaires qui avaient des facultés psychiques et extra-sensorielles. Nous les avions initiés. Ce qui est intéressant, chez ces personnes, c’est que l’initiation développait leurs dons. Nous les appelions pas « Initiés », mais « Inversés » !

Le jeune prêtre opina, tandis que l’homme continuait de sourire en regardant les statues de la crypte.

– Notre ami, ici présent, comme tous les « Inversés » effectuaient pour nous des missions d’infiltration. Mais à la différence des autres, Mercure, avait droit à une communication avec une entité jusque alors inconnue et non-répertoriée. Cette entité fut appelée par nos services : Le Voyageur. C’était une entité neutre, qui a rapidement suscité notre curiosité. La nuit, notre ami retranscrivait les messages que l’entité lui envoyait. Le résultat donna un texte assez étrange, mais très gênant pour le Vatican. C’était une période où le Saint-Père était encore allemand et très maladroit avec nos services. Quand celui-ci apprit l’existence de ce manuscrit et de nos pratiques, celui-ci fit fermer notre service. Les « Fondateurs » furent éliminés… Sauf un ! Bien qu’une tentative d’élimination fut tentée, Mercure, échappa à la mort et me contacta en privé. Il m’annonça qu’une copie du texte était confiée à une personne de confiance et que s’il lui arrivait malheur, les consignes étaient de diffuser le texte librement sur le web. J’ai dû user de diplomatie afin que notre dernier « inversé » puisse être épargné. Les messages s’arrêtèrent brusquement pour lui, et nous avions conclut un accord. Sa tranquillité, mais que si les messages recommenceraient, je serais prévenu. Comme tu le sais, nos services ont été transformés. Le SSV ne fait pus que des missions diplomatiques et de renseignement. Nos vieilles sections spéciales ne sont plus d’actualité

L’homme se mit à rire.

— Tu vas pas me faire croire que tu as abandonné tes recherches ! T’es une vraie carne, quand tu tiens une proie, tu ne la lâches pas !

— Je dois être un peu plus discret. Répondit le Romain en faisant un clin d’oeil. Je sais que je peux avoir une totale confiance en mon assistant. Notre nouveau patron, le bras gauche de l’argentin, nous a également à la bonne. Je sais que le cardinal Iscariote saura fermer les yeux.

— Cardinal Iscariote ? Demanda l’homme. Le Vatican ne manque décidément pas d’humour !

— Tu sais, nos services n’existent pas aux yeux du monde. C’est une légende urbaine dans le milieu du renseignement, et souvent repris dans l’imaginaire d’auteurs. Cela nous satisfait. Nous sommes très prudents et tu comprends que l’Iscariote est un cardinal « In Expecto ».

— Je comprends très bien votre position. Mais, tu as lu « L’œil d’Esteban », tu sais ce que cela annonce, et je ne sais pas encore ce que le Voyageur veut me dire.

— Oui, mon ami. Dit le Romain d’une voix grave. Les messages ont repris, et je te remercie d’être venu me prévenir. Je préviendrais l’Iscariote en temps et en heure.

— J’ai un service à te demander en supplément. Je désire, une nouvelle identité. J’ai envie de pouvoir recommencer une nouvelle vie après tout ça.

— Ça ne va pas être facile ! Coupa le jeune prêtre.

Les deux prêtres se regardèrent un instant, puis le Romain reprit la parole.

— J’ai une idée. Je peux faire passer cela pour un service rendu. J’en toucherais quelques mots à l’Iscariote. Mais tu sais ce que cela signifie pour toi ?

— Je sais… Que je reprenne du service… J’en suis conscient !

Les deux prêtres et l’homme se levèrent et sortir de la crypte par une entrée dérobée donnant l’accès sur les jardins. La nuit état fraîche, sous leurs yeux, la ville s’illuminait dans l’obscurité. Le Romain tapa sur l’épaule de l’homme.

— Reviens me voir dans une semaine. J’aurais du nouveau pour toi. Mais en attendant…

— Je me repose, en attendant la tempête et les messages du Voyageur…

— Exactement, mon ami !

Tandis que l’homme descendait calmement le long des jardins, le Romain et son assistant regardaient celui-ci s’enfoncer dans la pénombre.

— Peut-on lui faire confiance ? N’a-t-il pas changé depuis toutes ces années ?

— Je ne sais pas. Tout le monde change, tout le monde évolue. Surveille-le discrètement, de mon côté, je préviens de son retour… Ceci dit, je suis tout de même heureux de le revoir.

— Pourquoi donc ? Demanda le jeune curé.

— Parce que lui aussi m’a sauvé la vie. Lança le Romain gravement avant de retourner dans la crypte.

©Stéphane L – 5 novembre 2017

Le réveil (l’élan du cœur)

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Lyon, 31 octobre 2017

Réveil en sursaut, il a le corps trempé de sueur. Le souffle haletant, il se ressaisit et regarde tout autour de lui. Cela lui semblait si réel, il se souvient encore de tout, les tirs, la chute, le camp, l’atelier, l’instructeur… Tout semblait si vrai ! Dehors, le soleil ne s’était pas encore levé et son réveil n’avait pas encore sonné. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas fait ce genre de rêve. Ce qui le troublait, ce n’est pas la réalité de celui-ci, mais qu’il était la continuité de celui qu’il avait fait la semaine précédente. Tout aussi réel, les mêmes lieux, la guerre, et cette sensation d’avoir été un pilote alors qu’il n’avait jamais mis le pied dans un seul cockpit. La seule fois où il avait mis les pieds dans un avion, c’était pour ses vacances. Cela s’était passé deux fois dans sa vie. Il posa sa tête entre ses mains, et ferma les yeux. Il sentait le sommeil l’emporter. En se concentrant, il pouvait voir la vie dans ce camp et le visage de Daleth qui lui souriait.

— Tout va bien ? Je crois qu’il va être l’heure de te réveiller. Lui dit il.

Il sursauta, son réveil venait de se mettre à sonner. Il s’était laissé emporté durant que quelques minutes, mais il avait l’impression d’avoir vécu des heures.

— Ça recommence ! Dit-il lentement.

Ce n’était pas la première fois que cela lui arrivait. La première fois, cela avait duré des années avant qu’il se décide à en parler. Les rêves allaient devenir de plus en plus fréquent, parfois même provoquant des visions lors de ses journées. Cela avait failli lui coûter la vie. Il devait en parler, car cela recommençait. Mais cela, il ne pouvait pas en parler à n’importe qui. Il aurait pu aller voir sa psy qu’il continuait de voir régulièrement, mais celle-ci n’avait réussi qu’à apaiser les tourments du passé. Les flashes avaient continué, c’était autre chose. Ce n’est pas une pathologie psychique ou mentale, car tout semblait si réel. Il avait essayé d’en parler sur des forums sur internet, mais durant sa recherche, il n’avait croisé qu’un nombre incroyable de charlatan en tout genre. Et puis était arrivé cette rencontre, c’était il y a 15 ans de cela. Il lui avait dit qu’il allait essayer de trouver une solution, mais cela avait été dangereux. Très dangereux même… S’il était encore en vie, c’était grâce à cet homme. Il avait conclu avec lui un pacte. Il avait juré de ne jamais publier, le récit de ce rêve par épisode.

Il s’habilla et se prépara un café. Dehors, le ciel était en train de s’illuminer. Avec sa tasse à la main, il regardait le jour commencer, comme cette aube qu’il avait aperçue durant sa nuit. Cela faisait près de trois ans qu’il vivait une vie paisible et sans histoire, loin de ses aventures d’antan. Il avait posé ses valises. Mais a ce moment même, l’univers tout entier venait de décider à sa place qu’il était temps pour lui de reprendre du service. Il ouvrit le coffre-fort caché dans sa chambre, l’enveloppe cachetée était là. Seulement trois exemplaires existaient. Mais un fut caché, confié à une personne de confiance qui n’hésitera pas à le publier s’il lui arrivait malheur. C’est comme cela qu’il avait pu obtenir ce sursis de vie et d’éviter d’être tué comme les autres. C’était un secret très lourd, trop lourd qu’il avait essayé d’oublier. « L’œil d’Esteban », c’est ainsi qu’il l’avait baptisé était le récit de cette aventure qu’il avait vu en rêve qui se suivait comme une série que l’on regarde la nuit quand on dort profondément. Mais ce soir, tout venait de recommencer. C’était la seule certitude qu’il avait au fond de son cœur.

— Mais où cela va-t-il m’emmener ? Se demanda-t-il.

— Plus loin que tu n’oses l’imaginer. Répondit une voix derrière lui qui le fit sursauter.

Les yeux écarquillés, il observa tout autour de lui. Il était seul, et pourtant, on venait de lui répondre. Il regarda le miroir et regarda son reflet droit dans les yeux. Il se mit à verser une larme comprenant qu’il n’avait eu qu’un sursis. Il devait reprendre contact, il devait lui dire. Tout en regardant son reflet qui le regardait fixement. Il posa une dernière question.

— Dois-je reprendre contact ?

— Oui, tu le sais que nous avons encore besoin de lui. Répondit calmement l’homme qui se trouvait de l’autre côté du miroir…

©Stephane Lvq – 31 octobre 2017

L’aube (l’élan du cœur)

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Il n’est pas évident de se remettre en question, de réapprendre tout ce que l’on pensait savoir. Les certitudes du mental bloquaient ce nouvel apprentissage. Le passé et le chemin parcouru étaient grands, les batailles nombreuses. Mais pour un pilote chevronné, j’en étais là, crashé par ce tir qui m’avait retrouvé ici. Faire autorité sur soi, c’est accepter que l’on soit qu’un homme, mais celui-ci, je ne l’avais jamais accepté. Dans cette guerre, j’avais combattu pour les autres, pour un idéal, j’avais donné, sacrifié, pris des risques inconsidérés, mais jamais je ne m’étais accepté. Durant mon école de pilotage, j’étais à part. Solitaire, observant, j’avais en moi cette rage et cette colère envers la nature même de l’homme. Les lois du ciel, je les trouvais injustes. C’était avec ce dieu du ciel que j’étais fâché durant toutes ces années. Mais ce que j’avais oublié, en le reniant, je m’étais renié par la même occasion. Je n’avais pas la stabilité de vol que je voulais. Réapprendre, l’idée était complètement folle. Au début, je n’écoutais pas, car l’expérience me faisait penser que je savais sur ce monde. Or, je ne savais rien, je ne connaissais absolument rien. L’instructeur qui accepta cette folie, me regarda avec ses grands yeux ouverts, puis se mit à rire.

— D’accord, me dit-il. Mais je te préviens, tu vas devoir tout réapprendre et oublier ce que tu penses savoir.

J’acquiesçais d’un signe de tête, et pris conscience que j’avais décidé de reprendre le contrôle sur ma personnalité. J’avais osé, je me faisais de plus en plus silencieux, je suivais enfin ce cœur, croyant un peu plus aux miracles de la vie. Là, je voulais retrouver ma place, et me mis en route pour cet enseignement. Dans un bilan, il est vrai qu’il est facile de faire la liste de ses points forts, mais lorsque l’on doit dresser la liste de ses faiblesses, là, c’est un peu plus difficile. Ce n’est pas facile, cela fait mal, et on doit en fait accepter ce que l’on est réellement.

Lorsque Daleth, mon instructeur me tendit le recueil des lois du ciel, je fis mine au départ de ne pas le voir. Les cours se suivaient, revoyant les bases, mais quelque chose bloquait. Cela ne s’imprégnait pas en moi. J’étais assidu et volontaire, mais je n’y arrivais pas.

— Crois-tu en toi ? Me demanda-t-il.

La réponse était évidente. Lorsque l’on a perdu la foi de puis bien longtemps, quand on a rien à quoi croire si ce n’est que la folie des hommes et des femmes. On ne peut croire en soi. Fort de mon mental, j’avais essayé de me prouver que je pouvais vaincre n’importe quelle épreuve. Mais cela m’avait enfermé ici. C’est ce qui avait alourdit mon appareil et fait me crasher. Mon blindage n’est qu’une apparence, mon système d’armement n’avait que précipiter le tout sur ces vastes paysages de désolation. C’était rude à voir. Je dois avouer, j’ai pleuré lorsqu’il m’a dit ces mots. Les larmes coulèrent le long de mon visage, et malgré la douceur avec laquelle il essayait de me réconforter, mes sanglots se firent de plus en plus fort. Croire en moi, avoir la foi, accepter ce souffle de vie qui était en moi, je n’avais jamais voulu le ressentir. C’est lorsque les larmes s’arrêtèrent de couler que je commençais à aller un peu mieux. J’inspirais lentement. Le regard de mon instructeur était plein de bienveillance, et me dit que d’avoir foi ne suffisait pas.

— Sais-tu aimer ?

Je suis resté quelques minutes dans le silence. J’étais réellement pétrifié en entendant cette question. La réponse était évidente, j’avais bien essayé, mais aimer réellement, je n’avais su le faire correctement. J’avais fui tout le long de ma vie, j’étais parti un peu trop jeune à la guerre, mais c’était pour oublier d’où je venais. Le passé, je ne l’acceptais pas non plus. Pourtant, savoir d’où on vient, c’est également important que savoir où on va. Or, j’avais combattu, oubliant d’où je venais, et ne sachant pas où je voulais aller. Je compris alors que je n’avais été qu’un mercenaire, constamment dans le choix de me battre pour diverses causes que j’avais décidé.

Caché derrière ma cuirasse, je me suis rendu compte que je n’avais été qu’une illusion qui avait poursuivi des mirages. J’avais combattu, mais je n’avais jamais été récompensé. Oh, bien sûr, on m’avait proposé des récompenses, mais accroché à ma fierté, j’avais toujours refusé catégoriquement tout cadeaux que la vie voulait m’apporter. Je n’avais su voir, aveuglé par cet ego. Je réalisais cela, et je m’en voulais amèrement. Oh ! Connaissez-vous ce goût qui remonte quand on commence à avoir la rage qui commence lentement à monter au fond de son être ?

— Lâches ce contrôle que tu veux avoir. Oublies ce que tu sais, et acceptes ce que tu es. Me dit calmement Daleth en me souriant.

Mais je n’y arrivais pas. La rage continuait de monter. Tant d’injustices, tant de combats, tant de morts, et moi et moi… Toujours ce moi qui revenait sans cesse sur le devant de la scène. J’ai hurlé à ce moment-là. Mon cri déchira le silence du camp. Tous s’arrêtèrent net et s’approchèrent de moi. Mais je continuais mon cri, cela me faisait mal d’accepter ce corps, cette âme et cet esprit qui était en moi depuis toujours, mais que j’avais toujours rejeté avec une puissance sans précédent. Aujourd’hui, ceux-ci revenaient en force et je venais de me le prendre en pleine tête, comme un boomerang que l’on avait jeté dans le temps et qui revenait alors que l’attention s’était relâchée. Quand celui-ci s’arrêta, je regardais l’assistance tout autour de moi hébété par cette crise de fureur que je venais de traverser. Daleth fit signe aux gardiens, ainsi qu’aux autres, les rassurant qu’il n’y avait aucun danger.

— Il vient d’accepter. Dit-il. Je l’ai pris dans mon enseignement afin qu’il apprenne à se maîtriser. Vous pouvez comprendre.

— Qu’il fasse cela dans le silence ! Lança un des gardiens. S’il continue, je le mets en isolement.

— Ne le jugez pas! Un homme qui réalise ce qu’il est réellement ne peut être jugé aussi brièvement.

— C’est un malade ! Hurla un des prisonniers.

— Oui ! Mettez-le en isolement ! Cria un autre.

Je regardais tout autour de moi, je voyais le visage de Daleth, ceux de mes gardiens et des prisonniers, impassibles qui continuaient de me dévisager. C’est à ce moment que se fit le déclic. Je compris comment ce camp était gardé. Il n’y avait aucun gardien, aucune direction dans ce camp. Nous étions tous enfermés ici, chacun surveillant un autre afin qu’il ne s’échappe. Ce camp, ce monde, tel qu’il était n’était qu’une illusion de nos esprits. Je regardais encore une fois le visage de mon instructeur, j’avais la bouche ouverte dans laquelle se déversait mes larmes qui se remettaient à couler.

— Tu as enfin compris ! s’exclama-t-il.

Je hochais de la tête afin de lui répondre. Tous s’éloignaient pour retourner à leurs occupations. Oui, tout ceci n’était qu’une illusion, tout comme cette guerre. J’entendis un craquement. C’était celui de la couche de certitudes qui enveloppait mon esprit qui venait de se briser. Dans la pénombre, je vis un rayon de lumière qui transperça les nuages sombres.

— C’est l’aube d’une nouvelle existence qui vient de commencer pour toi, me dit Daleth. Celle-ci ne fait que commencer, mais il faut que tu apprennes à garder l’équilibre, et bien des choses de ce monde.

— C’est difficile ? Demandais-je.

— Non, tout ceci est en toi. Caché au plus profond de ton être, et ne demande qu’a être révélé.

Daleth me souriait, tandis que je regardais le paysage et les autres qui m’entouraient. Puis, mon regard se porta sur ce rayon de lumière. Je me dirigeais vers lui afin qu’il éclaire et réchauffe mon visage. Cela faisait de puis bien longtemps que je ne m’étais pas senti aussi bien. Mon professeur me laissa quelques instants, puis brisa le silence.

— On retourne à l’instruction, mon jeune pilote ? Dit-il joyeusement.

— Oui, professeur ! Répondis-je sans hésiter…

©Stephane Lvq – 28/10/17

L’élan du coeur

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Descendu en flamme par le tir d’un canon, il s’était lourdement écrasé sur les plaines de la solitude. C’était il y a plusieurs mois de cela. Une fois remis sur pied, il avait été emprisonné comme les autres, prisonnier de cette guerre ordinaire, ils lui avaient martelé que la guerre était terminée pour lui. Après tant de combats, il était fatigué de cette guerre. Des batailles pour rien se disait-il régulièrement. L’impact de l’obus avait causé pas mal de dégâts. Oh, ce n’était pas la première fois que cela lui arrivait, mais cette fois-ci les réparations demandaient plus de temps que d’habitude. Il ne savait comment faire, souvent plongé dans son désir d’évasion, il avait tenté mille fois de s’échapper. C’était un devoir sacré pour lui ! Mais chacune de ses tentatives s’était transformée en échec. Dure et amère réalité quand on se retrouve prisonnier sur les plaines désolées de la solitude. Loin vers l’infini, s’étendaient, les grands près marécageux dans lesquels il ne pouvait que s’embourber à chaque fois et le contraignant à faire demi-tour. Cette fois-ci, il ne pouvait s’en sortir sans aide. Pourtant, c’était une chose qu’il avait du mal à demander. Il s’en était toujours sorti seul, mais cette fois-ci, les dégâts avaient été plus importants que d’habitude. L’obus avait touché le cœur même de son système interne. Et il n’avait pas tous les éléments dont il avait besoin. Il devait se rendre à l’évidence, avaler sa fierté et oser.

Oser agir, d’appeler à l’aide. Mais pour cela, il devait mettre à plat toutes les pièces qu’il avait en lui. Initier une réparation interne et globale, c’était tout nouveau pour lui. Il devait faire un bilan complet. Il disposa d’un côté les pièces qui avaient des qualités, et de l’autre, toutes celles qui avaient des défauts. Ce n’était pas évident de travailler. Il s’était construit un petit établi bancal afin de pouvoir commencer à travailler correctement. Il avait une assurance dans ses gestes, il savait ce qu’il faisait. La mécanique interne, il l’avait sérieusement étudié, mais voilà… Il ne l’avait jamais pratiqué ! Ensuite, il devait observer son environnement, comprendre les mouvements. Observer, écouter, afin de comprendre. S’il avait eu auparavant l’œil très analytique, ici, tout était complètement différent. Cette zone était régie par d’autres lois qu’il ne connaissait que de nom et qu’il n’avait que survoler brièvement. Les lois de la logique et du mental n’avaient plus cours ici. Et il se retrouva devant le fait accompli. Il devait désapprendre pour réapprendre. Mais cela impliquait qu’il devait absolument changer tout le fonctionnement de son système interne. Face à son cœur en pièce détachée, il devait se rendre à l’évidence. Il devait changer même son principe de fonctionnement.

« Une vaste gageure ! » Se dit-il en souriant. Mais, regardant tout autour de lui, son désir d’évasion ne faisait que croître en lui. Il ne pouvait rester indéfiniment bloqué à travers ces steppes arides et sombres. C’est à leur de la lune qu’il se mit à entreprendre ses travaux. En cherchant tout autour de lui, il avait finalement trouvé un petit atelier, constitué d’autres prisonniers qui travaillaient en collaboration. Il était en bon lieu pour réapprendre les lois de verticalité, d’horizontalité, de rectitude, de gravité et surtout d’attraction. Il avait su auparavant naviguer en se laissant guider par les lumières, mais il devait également apprendre à distinguer la lumière artificielle de celle qui est naturelle. C’était une totale ré-initialisation de son système qu’il devait accomplir. Et devant l’ampleur des travaux à accomplir, il se l’avoua enfin. Il connut la peur… Celle d’échouer une fois de plus, de se retrouver une fois dans les airs, descendu une fois de plus par un obus de 39 ou 40.

Pour cela, il devait alléger, avoir moins de poids qui allait l’alourdir dans ses mouvements et manœuvres. Un soir, à la lueur de la lune, après avoir séché ses larmes, il commença à faire le tri dans son inventaire. Pour la première fois de son existence, il resta silencieux et immobile afin de regarder avec discernement ce qu’il allait garder pour son voyage. C’est alors qu’il entendit clairement la petite voix du système de guidage. Malgré la situation, il se mit à rire depuis longtemps, et se l’avoua enfin. Il était une véritable tête brûlé, un kamikaze de l’amour. Le système de navigation, il l’avait souvent ignoré, et s’il se retrouvait dans cette situation, c’est qu’il n’en avait fait qu’a sa tête. Il s’était laissé guidé par les illusions de son mental. Allongé sur le sol, il laissa parler la petite voix. « Il n’y a pas de guerre ! Ce n’est qu’une illusion dictée par le mental. » Effectivement, il réalisa cela. Les guerres, ne sont causées que par les egos de chacun. Ce n’est qu’une question de pouvoir, et non d’amour. L’amour est une ressource qui alimente chacun d’entre nous, mais la peur du manque, cela avait créé une vaste pénurie qui avait déclenché cette guerre. Depuis combien de temps faisait-elle rage ? Cela lui semblait être depuis la nuit des temps, il combattait depuis si longtemps. Tant de batailles, tant de souffrances. C’était assez ! Alors, afin d’alléger sa carlingue usée, il décida enfin d’abandonner son système d’armement. Il savait être agile et rapide, il n’en avait plus besoin. La guerre était effectivement finie pour lui !

Mais afin de pouvoir repartir, le moteur devait être changé, modifié. Le fonctionnement du cœur avait furieusement dérouillé. Il devait revoir le système d’allumage, d’alimentation, et même son algorithme et paradigme de fonctionnement. En observant tout autour de lui, et l’ayant appris dans son atelier, il fallait s’inspirer des cycles de la nature afin de trouver un bon principe de fonctionnement. Les vieux principes de moteurs à explosion étaient dépassés, ils consommaient beaucoup trop et ne donnaient qu’une autonomie limitée. Inverser le système… L’idée était complètement folle, mais pouvait fonctionner. Il avait besoin d’alimenter le cœur en permanence, et donc afin de pouvoir s’envoler vers d’autres sphères, il devait pouvoir générer continuellement l’amour nécessaire au fonctionnement du cœur. Il fit alors table rase, et se mit à travailler, il commença à établir des plans et schémas. Il lui fallut plusieurs jours et nuit de travail intense pour que le cœur fut enfin achevé. Le principe d’attirance et de répulsion combiné, il avait réussi à trouver le bon fonctionnement. Il commença plusieurs tests d’envols, ceux-ci se trouvèrent être concluant. Il pouvait ainsi s’échapper. Mais, il regarda tout autour de lui… Les autres allaient être encore là, bloqués ici, peut-être pour l’éternité. Il n’avait pas envie de les laisser ici. S’il avait rêvé d’une évasion, désormais, il avait envie d’une échappée belle de grande envergure. Il devait pour cela revoir les paramètres afin d’augmenter le rendement. Alimenter, tout en générant une énergie suffisante pour que cela crée un principe de portance, comme une véritable chaîne unifiée. Il ne pouvait partir maintenant ! La liberté est une chose qui se partage et que l’on ne peut garder pour soi !

Alors à la lueur de la nuit, sondant les profondeurs de son âme, il entreprit alors une nouvelle idée qui fit sourire la petite voix du système de navigation : faire autorité sur lui-même et  revoir entièrement sa façon de piloter…

(A suivre…)

©Stéphane Lvq – 22 octobre 2017

Le Styx-Express

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— Cet endroit n’est plus bon pour toi ! Tu dois partir !

Je baissais la tête, puis la redressais pour regarder mon interlocuteur droit dans les yeux. Il avait raison, ce lieu n’était plus fait pour moi. Je devais partir loin d’ici, loin de tout ça.

— Comment dois-je faire ? Demandais-je.

Il me sourit et me tapa sur l’épaule.

— Allons, mon ami ! Tu connais le chemin qui mène jusque là-bas. Tu l’as dans le cœur depuis ta naissance. Tu l’as simplement oublié.

Il avait raison. J’ai eu, je n’avais jamais osé faire quoi que ce soit. J’étais resté dans mon coin espérant que quelque chose arrive, mais jamais rien ne s’était passé. Je savais que je ne pouvais rester ici, mais l’aventure de repartir vers un lieu inconnu m’effrayait un peu. Il me tendit un billet de train, je le saisis délicatement. Dessus était inscrit mon nom à l’encre rouge.

— Qu’est-ce que c’est ? Je n’ai pas les moyens de…

— Chut mon ami ! Me coupa -t-il. Chacun d’entre nous possède un billet comme celui-ci. Mais ce n’est pas tout le monde qui le réclame. C’est un aller-simple, mais quand tu seras fatigué, alors tu reviendras ici pour te ressourcer. Ce trajet, nous le faisons tous, mais toi, tu es resté trop longtemps ici. Et tu as oublié cela.

— Où mène donc ce train ? Demandais-je intrigué les yeux fixés sur le précieux ticket.

— Vers ta nouvelle vie… N’était-ce pas ce dont tu rêvais ?

Je restais silencieux. Presque honteux, il avait raison. C’était tout ce dont j’avais rêvé. Mais que je n’avais pas osé réaliser. Je saisis mes quelques affaires et fis ma toilette afin d’être un peu plus présentable, ramassa le peu d’affaires dans ma valise et ferma la porte de mon petit appartement. Avant de passer le perron de l’entrée de l’immeuble, il sourit et ce qui me réconforta.

— Sois confiant ! Tu connais le chemin pour revenir ici ! Tu reviendras, dans quelques années, tu oublieras même cet endroit. Et je peux t’affirmer que une fois là-bas, tu n’auras pas envie de revenir ici !

— Comment puis-je oublier ? Ici, c’est chez moi !

Je marquais un temps d’arrêt, l’homme me sourit. Il me fit un signe de tête de le suivre, ce que je fis. Il m’emmena dans sa voiture noire. Je posai ma valise dans le coffre, et montai à l’avant. Les rues étaient désertes, il faisait encore nuit. Je regardais par la fenêtre les quelques personnes qui restaient encore dans les rues. Pauvres âmes solitaires en quête de repères. Leurs visages fatigués par cette vie nocturne, ils me faisaient penser à des papillons de nuit qui s’étaient brûlé les ailes auprès des projecteurs trop brûlants. Auparavant, j’avais été comme eux, mais depuis, j’avais recherché autre chose.

— De quoi te souviens-tu ? Me demanda mon guide.

— Je ne sais pas. Je suis incapable de savoir de quoi vous parlez. Répondis-je.

— Te souviens-tu de ta première venue ici ?

Je tentais de me souvenir, mais rien ne me venait à l’esprit. J’avais occulté de ma mémoire absolument tout.

— Sais-tu au moins combien de fois tu es venu ici ?

Je tournai la tête subitement. Cette phrase me disait quelque chose, j’avais l’impression de l’avoir entendu et d’avoir déjà vécu cette scène.

— Qui êtes-vous ?

— Allons ! Tu le sais !

— Non, je ne me souviens de rien. Pourtant, j’ai l’impression d’avoir vécu cette scène.

Il se mit à rire.

— Tu me fais le même coup à chaque fois ! Tu oublies tout en venant ici, tu chutes, tu sombres, tu te relèves, mais tu oublies absolument tout ! Je dois réactiver ta mémoire, lentement, quand tu es prêt, pour pas que tu te bloques. Allons ! Tu pourrais y mettre un peu du tien !

Il stoppa le véhicule, nous étions arrivés devant la gare. Je descendis de la voiture, il prit ma valise et m’accompagna dans le hall de la gare. Je n’avais pas le souvenir d’être venu ici, mais étrangement, le lieu m’était terriblement familier. Le visage des voyageurs, du personnel, et de cette personne qui était venue sonner à ma porte. J’avais murmuré son nom, et il m’avait entendu. Il était venu exaucer mon vœu, vivre enfin… Et maintenant que j’étais dans cette gare, j’étais encore plus angoissé. Il regarda sa montre, et m’accompagna jusqu’au quai.

Le train était impressionnant, les wagons semblaient être d’un luxe sans pareil. L’intérieur orné de cuivre, de moquette grenat et de bois aux essences rares. La locomotive, façonnée d’acier noir qui semblait indestructible, crachait de grosses volutes de fumées et faisait un bruit assourdissant.

— Monte ! Le train ne va pas tarder à partir !

— Mais je ne sais pas qui vous êtes ! Et surtout où va ce train !

Il me donna une tape amicale sur l’épaule.

— Allons, tu sais qui je suis ! Tu te souviendras de tout durant le trajet.

Le chef de gare se mit à siffler et instinctivement, je montai dans le wagon. Je m’installai dans un compartiment, où était déjà installé un jeune couple que je saluai poliment. Dehors, je vis cet homme qui me fit un dernier signe de la main. Son nom, je n’arrivais pas à m’en souvenir. Pourtant, je l’avais murmuré avant qu’il arrive comme par enchantement. Az… Az.. Azraël ! Mes yeux écarquillèrent de stupeur ! C’était Azraël ! L’ange de la vie comme on l’appelait ici. On murmurait son nom lorsque l’on était prêt enfin à vivre… Le train commençait à partir, je me levais subitement. À son sourire, je vis qu’il avait compris que la mémoire m’était revenue.

Effectivement, les souvenirs me revinrent. Je me souvenais de toutes ces vies passées, de toutes mes morts aussi… Des douces et des violentes, et à chacune d’elles, je revenais ici en ces lieux. Je retrouvais mon appartement durant un instant, j’y reprenais ma vie, mes petites habitudes. Sur mes carnets, j’écrivais le récit de mes vies passées. Elles étaient si nombreuses, et le temps entre deux vies semblait si court. Une vie de mort est si courte, et la vie prend tant de temps ! Mais cela faisait partie du cycle. On vit, on meurt et on doit renaître, pour que l’on puisse régénérer notre âme. Je me mis à rire, le jeune couple me regardait en souriant.

— Vous avez l’habitude des voyages ? Me demanda le jeune homme. Avec mon épouse, c’est la première fois pour nous.

— Vous n’avez jamais pris le Styx-Express ? Demandais-je étonné.

— Non. Dites-Nous, c’est comment la réincarnation ?

— Vous allez voir ! Dis-je en souriant. Vous allez l’adorer… Et vous allez tellement l’aimer, qu’a chaque fois, vous aller vouloir y revenir !

©Stéphane Lvq – Le Styx-Express – 11 décembre 2015