Inferno

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En ces lieux pavés de bonnes intentions, c’est toujours la même chose. À chacun de nos pas, on ne peut traverser sans que quelqu’un vienne nous demander quelque chose. Une pièce, une cigarette, un ticket resto, une proposition de contrat assurance ou toute autre invitation commerciale. Je les observe silencieusement, ils déambulent, avec leurs appareils à la main ou à l’oreille qui leur dictent ce qu’il faut faire ou penser. Derrières leurs apparences d’êtres libres, ils ne sont que des esclaves. Ils errent dans ce monde pensant avoir un but, mais je ne vois que des soumis qui attendent que leurs vies changent. Enfermés dans leurs routines, ils espèrent cet instant qui va illuminer leurs vies et qui ne viendra pas. En fait, ils n’attendent que la mort qui leur fait si peur. Ils attendent… Mais c’est la mort qu’ils attendent… Ils ne regardent pas la vérité en face, ils ne regardent que ce qui les arrange… Avant, j’étais comme eux… Puis ayant traversés les neufs cercles de ce monde, je suis devenu un passeur d’âmes. Je suis l’un de ces affranchis à qui le diable n’a pas eu d’autre choix que de me laisser le libre accès aux différentes strates de ces lieux. Je connais les moindres recoins de l’enfer, j’ai traversé chacun des neufs cercles de l’enfer, même le dernier où se trouve le Maître des démons.

Le premier cercle, c’est l’enfance… On arrive dans ce monde, venu du néant, on sait que l’on ne peut rester indéfiniment dans ce cercle. C’est ici que l’on apprend les bases qui nous permettent d’accéder aux autres cercles. Mais les tentations sont grandes, et les distractions sont nombreuses. Sans s’en rendre compte, on arrive au second cercle…

Le monde des esclaves, que certains appellent l’âge d’adulte. Est le plus grand de tous. Ils travaillent afin d’obtenir l’argent. Ils pensent que cela leur permet d’accéder aux autres cercles Ils travaillent sans relâche, s’écrasant les uns et les autres. Ils ne veulent pas aller dans le troisième cercle qui leur fait si peur. Ils veulent tous accéder directement au quatrième. Nombreux sont ceux qui ne dépasseront jamais ce cercle, ils mourront sans savoir ce qu’il y a derrière. Puis ils reviendront dans le premier cercle, pour ensuite revenir ici Jusqu’au moment, où dans une vie future, ils feront le pas qui les feront chuter dans le troisième cercle Celui de l’épreuve

Quand on chute, nos os se brisent. La chute est vertigineuse, la masse de notre corps nous entraîne dans le fond. C’est l’épreuve… Mais quand on tombe, il faut remonter ! L’épreuve est difficile, et nombreux sont ceux qui sont tombés qui ne font que de se lamenter sur leurs sorts. Certains pensent qu’a plusieurs, on peut se sortir de cet abyme. Mais c’est seul que nous devons faire ce chemin sinueux et difficile. Le chemin est long, certains prennent le chemin qui retourne dans le cercle précédent, alors qu’il faut dépasser ses limites pour aller dans le quatrième cercle. Sur les parois de ce chemin qui mènent à celui-ci sont inscrits le savoir d’un enseignement oublié. C’est ainsi que l’on obtient son diplôme d’autodidacte, c’est un enseignement que l’on doit suivre et qui nous permet par la suite d’accéder aux cercles supérieurs. Observer, écouter, apprendre cela permet de comprendre le fonctionnement de ce monde.

Le quatrième cercle, c’est celui de la matière. Ici, on possède. La matière est omniprésente, les gens créent la matière, ils la transforment, ils l’étudient Ils pensent que tout peut s’acheter, ils pensent dominer ce monde, sans comprendre qu’au-delà de ces lieux, il y a d’autres endroits. Ici, c’est le point culminant des cercles matériels. Mais derrière ces murs, il y a quelque chose qu’il faut comprendre afin de continuer d’avancer. Même dans l’air, la matière semble être présente, on essaye de passer ce monde, de traverser la porte. Mais la matière nous attache à ce monde. Puis on comprend Nous sommes des êtres fait de matière et d’esprit, derrière ces portes, se trouvent les portent d’un monde spirituel. Pour cela il faut se détacher de la matière Et pour le faire, il faut « mourir », pas au sens propre du terme. Mais symboliquement. C’est une autre épreuve difficile Car le cinquième cercle, c’est celui de la Mort, de la transformation

Quand on arrive dans le cinquième cercle, on marche dans les ténèbres. Quand nous marchons dans ces lieux, nous recherchons la lumière. Plongé dans l’obscurité, nous marchons, hésitant à chacun de nos pas, ayant peur que le sol se dérobe et que l’on tombe dans des profondeurs infernales. Au départ, on se laisse guider par les étoiles, puis à force d’avancer leurs lueurs disparaissent une à une. Puis, il n’y a plus rien… L’obscurité est totale. On cherche la lumière, mais il n’y en a plus… C’est alors que l’on découvre, que la lumière est en nous. C’est la flamme qui brûle dans nos cœurs. Pas celle de la haine qui nous consule à grande vitesse, mais celle de l’amour qui est éternelle. Et ainsi que nous pouvons reprendre notre route, les étoiles réapparaissent comme par magie. Leurs lumières est alors différente, on comprend alors que c’est la lumière d’autres personnes. Nous devenons étoiles afin de guider les autres. En laissant resplendir cette lumière qui est en nous, nous guidons ces voyageurs qui eux aussi comme nous recherchent la lumière dans ces ténèbres. Aimer la mort, c’est aimer la vie, car elle fait partie de notre monde. On a tous à un moment peur du noir, mais en réalité, nous avons peur de ce que nous connaissons pas. Comme durant l’épreuve, on se lamente sur nous-même. On espère, on prie, on croit, mais c’est en nous qu’il faut croire! Tous ont peur de la mort, mais elle n’est qu’un passage obligatoire, qui nous ramène à la vie. Si on ne comprend pas la mort, on ne peut comprendre la vie ! Puis c’est alors que l’on voit la porte qui mène au sixième cercle. On voit enfin le bout de ce tunnel, on entend des rires et de la musique… La lumière de ce monde nous attire tel des papillons de nuits que nous sommes. Le monde matériel est derrière nous, et la frontière est passée…

Dans le sixième cercle, il faut être vigilant. Ici, c’est le monde de l’apparence. Il faut discerner les lumières artificielles et les lumières naturelles. Trop nombreux sont ceux qui se brûlent les ailes avec les lumières artificielles. c’est un monde d’art. Ce monde égaye les autres, par superposition, certains pensent que ce monde est identique à celui de la matière. mais il n’en est rien. Ce monde d’artiste, n’est qu’apparence. Certains pensent qu’il faut imiter les autres, alors qu’il faut être soit-même afin de pouvoir briller dans ce cercle. Ici, nombreux sont ceux qui portent des masques afin de se protéger. Pour aller plus loin, il faut briser le miroir, aller au-delà des apparences pour accéder au septième cercle.

Arrive ensuite le monde de l’ambition, un monde dangereux. Ici, les personnes sont prêtes à tout pour accéder au huitième cercle. On désire accéder coûte que coûte au cercle supérieur, on pense dominer les autres cercles, mais il n’en est rien. pour cela, il faut comme dans le troisième passer une épreuve de volonté. Pour cela il faut gravir le sommet de cette montagne qui semble dominer la totalité des autres cercles. Le chemin est comme à son habitude, long et sinueux, difficile, parsemé d’embûches… Comme dans l’abîme, on peut revenir dans le cercle inférieur, celui des apparences. C’est le chemin du milieu qu’il faut choisir, sur les parois de ce parcours se trouve inscrit l’enseignement de l’école de la vie, celui qui nous permet d’obtenir le diplôme supérieur d’autodidacte. Et, c’est alors que l’on arrive dans le huitième cercle…

Le monde des dominants Si nous sommes arrivés ici, c’est que nous avons franchit toutes les étapes Ici, nous contrôlons tous les autres mondes. Sur le sommet de cette montagne, nous avons un pouvoir tellement grisant ! Ce cercle se superpose à celui des esclaves sur lequel nous avons une emprise. Mais ce lieu n’est pas une finalité, car quand on reste au sommet de la montagne, on stagne. On n’a plus de lien avec les autres. C’est alors que derrière nous se trouve le dernier cercle. Celui qui s’oppose directement avec l’angélisme de l’enfance Celui du diable Cercle ultime qui contrôle absolument tous les autres

Le diable… Je ne pourrais oublier ma première rencontre avec lui… Quand on entre dans son antre, il se tient là, devant nous. Il nous singe, nous imite, parle en même temps que nous. Il nous connaît par cœur, nos moindres peurs… Il connaît absolument tout de nous… On essaye de le combattre, mais en le blessant, c’est nous même que l’on blesse. La souffrance est horrible, car nous essayons de lui porter des coups mortels. Puis trop blessés, nous sommes sur le point d’abandonner. Certains font marche arrière et en même temps se renient, mais en observant bien, on se rend compte que ce démon n’est autre que nous même. C’est nous que nous tentions de combattre, le diable n’est qu’un reflet déformé de nous-même. C’est alors que nous comprenons que le démon n’existe pas. Qu’il faut s’accepter tels que nous sommes avec nos bons et mauvais côtés. Mais j’avoue que c’est plus facile à dire qu’a faire.

C’est alors que nous percevons ce monde dans son intégralité, alors que tous imaginent cette société comme une gigantesque pyramide, il n’y a qu’une sphère qui tente d’évoluer. ce monde n’est qu’un soleil qui ne demande qu’à rayonner, mais trop occupés à leurs propres préoccupations ou bénéfice personnel, celui-ci reste éteint. Je les regarde, tel qu’ils sont Le diable est venu me voir afin que je me taise, il tenta de m’acheter, mais n’ayant qu’a offrir que des choses que je pouvais avoir, il n’eut pas d’autres solutions que de me vendre son âme. C’est ainsi que j’ai été affranchi.

Je suis là, dans cette gare. je les regarde passer, vivre, consommer et se plaindre encore et encore Je m’amuse de les voir courir après l’argent, afin d’atteindre le 4éme cercle, ils pensent encore que posséder c’est être On ne possède rien, rien n’est acquis, car après notre passage sur cette planète, nous perdrons ces biens matériels que nous chérissons tant. Ils courent après ce qui n’est qu’une échelle de mesure, ils croient en un Dieu qui n’existe pas, mais qui est là dans les moments difficiles afin de pouvoir surmonter leurs soucis. La Bible, Torah ou Coran n’est après tout pas si un mauvais roman que ça, il a su donner quelques valeurs à cet étrange animal, mais à condition de savoir lire entre les lignes et ne pas tout prendre au pied de la lettre. Je les regarde, grouillant dans cette gare, attendant avec impatience le moment où leurs vies s’illumineront. Les cercles se superposant, je vois ce monde, j’ai le pouvoir de voyager dans ces lieux à ma guise, à travers le temps, l’espace et les strates

Certains viennent me voir quand ils ont besoin de moi, un renseignement, des horaires Je ne suis plus qu’un passeur d’âme, je les transporte sur les autoroutes du Styx, désirant se rendre d’un point à un autre, espérant toujours que le bonheur se trouvera à l’arrivée Mais le chemin, c’est le but Le bonheur, c’est tous ces petits instants précieux que nous ne savons savourer à leurs justes valeurs L’un d’entre-eux me tend son titre de transport, je regarde cet homme, le regard vide qui espère encore et toujours un conte de fée. Je le poinçonne, s’il le désirait réellement, je le ferais voyager à travers les cercles de ce monde pourtant pavé de bonnes intentions. Mais il ne me le demande pas À défaut de lui mettre des étoiles dans les yeux, je lui en fais sur son billet. L’homme pose sa valise dans la soute à bagage. Le voyage peut commencer. D’ailleurs sur le chemin de la vérité et de l’absolu, celui-ci ne fait seulement que de commencer

©S.V

 

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