Le Maître des Illusions

20074175

Ce n’est que lorsque l’on est prêt que la porte s’ouvre. Peu ose y entrer, car l’entrée est plongée dans l’obscurité. On a peur du noir, de plonger dans l’inconnu et ses méandres. Pourtant, à la sortie de ce dédale, se trouve les promesses de la vision d’un autre monde. Le passage ne se révèle à nous que lorsque l’on ne trouve plus de satisfaction dans cet univers qui nous entoure. Envie d’autre chose, de saveurs et de parfums, étouffé par une société beaucoup trop fade. L’entrée du labyrinthe devient alors comme une évidence… Il était sous nos yeux depuis le début, mais nous n’y avions pas fait attention. Ou du moins, nous ne voulions le voir. Trop de danger, trop compliqué, peu de lumière, loin des apparats que l’on a l’habitude de voir. Pourtant, c’est là que se trouve l’entrée…

Le premier pas est franchi. La porte se referme immédiatement derrière nous. Seule la lumière de la flamme sacrée danse devant nous. On y plonge la main afin d’allumer notre chandelle. Le feu nous brûle la main. Cela nous fait mal, on voudrait sortir de là, mais trop tard… Nous sommes enfermés, condamnés à avancer plus loin avec pour seule lueur, celle de cette bougie que l’on tient dans la main. Nos pas se font hésitant, la cire coule le long de nos doigts. Douces souffrances, reviennent les souvenirs de notre enfance. Premières blessures et cicatrices, et le souvenir de nos géniteurs qui nous disent : « Ne t’inquiète pas ! Tu vas t’y habituer… Fais comme moi ! ». Mais la douleur est lancinante, jamais soignée, elle s’est infectée, causant encore plus de mal. Ce mal-être qui nous avait suivi depuis si longtemps et dont nous avions oublié l’origine.

On voudrait sortir au plus vite, trouver la sortie de ces méandres obscurs. La bougie que l’on tient se consume si vite, et le temps nous semble si court. On a envie d’ avancer le temps, mais dans la panique, nos actes sont désordonnés. La cire coule entre nos doigts comme les grains du sablier. Il ne reste presque plus de temps, la bougie est la seule lumière qui nous éclaire, mais elle nous fait si mal, elle s’est tant consumée, et nous avons tellement tourné en rond. Puis à force de douleur et de souffrance, notre lanterne de fortune tombe au sol. Dans le choc, la flamme s’éteint, et on se retrouve seul au beau milieu de l’obscurité.

Notre premier réflexe est de fermer les yeux. Dans le silence, on imagine des cris et des suppliques. Mais ceux-ci proviennent de ce monde que l’on a laissé. Beaucoup de temps s’est écoulé avant que l’on comprenne cela. Au milieu de nulle part, on inspire un grand coup. L’air est frais. Non pas vicié comme on pourrait l’imaginer. Réconforté, on prend la décision d’ouvrir les yeux malgré les ténèbres. Nous avions si peur du noir quand nous étions enfants, mais maintenant nous sommes plus grands et nous savons nous défendre. Petit à petit, nos yeux s’habituent à l’obscurité, malgré l’absence de lumière, nos pas sont plus assurés. Puis, on se rend compte que l’on arrive au cœur du labyrinthe.

C’est là qu’il se trouve. On entend les battements de son cœur et le bruit de sa respiration. Dans cette obscurité, son regard semble briller comme des étoiles dans le ciel. Le narrateur de l’histoire nous regarde. Il nous a laissé entrer dans les méandres de son esprit. Qui est-il ? Et pourquoi nous sourit-il ? Devant lui, se trouve le miroir. Miroir de vérité dans laquelle on peut contempler notre sincérité. Si certains partent en courant, se perdant à jamais, d’autres restent là. Sans artifices, ils se retrouvent face à eux. Ils voudraient fuir, mais les gémissements des fuyards, les en empêchent. Le narrateur, lui, ne dit rien, continuant de leur sourire. Le temps passe, rythmé par la respiration de cet homme.

Il aime cet instant, guettant dans sa tanière les proies qui viennent à lui. Et, quand elles se retrouvent devant lui, ces êtres sont comme nus devant lui. Les possibilités qu’offrent les ténèbres sont tellement immenses, mais le respect qu’il a envers ces créatures l’empêche de penser à mal. Tapis dans l’ombre, il attend sagement que leur âme s’ouvre enfin… Afin que ces âmes blessées puissent enfin guérir…

Dès lors, quand la peur s’en va, quand on accepte l’image que l’on a devant soi, alors le narrateur de l’histoire nous montre le chemin. L’incandescence de ses mots qu’il a gravé sur les parois se révèlent à nous et nous montre la sortie. Durant le parcours, il nous accompagne. Il nous montre les pièges, que son univers n’est qu’une illusion de jeu de miroirs dans lequel se reflète notre réalité. Il est Maître des illusions, mais également du temps, vu que celui-ci n’existe pas. Il nous apprend comment le prendre afin de ne plus le perdre, mais aussi comment guérir enfin et surtout comment faire réapparaître la lumière…

On se retrouve finalement au même endroit, devant cette entrée si sombre. On pourrait croire que l’on est retourné à notre point de départ. Mais ce monde est devenu si différent. On en apprécie chaque couleur, chaque saveur. Certes, les imperfections sont toujours là, mais elles nous semblent si évidentes, qu’elles ne sont plus insurmontables. Un sourire s’esquisse sur notre visage. On désirait tant que ce monde change, mais pour que cela se fasse, c’était nous qu’il fallait changer…

©S.V – Le Maître des Illusions – 20 décembre 2015

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