L’assassin

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Je me souviens de la première fois que j’ai tué. C’était dans le couloir de son immeuble. Je l’ai attendu patiemment qu’il arrive. Je savais qu’il était une proie facile, il n’y avait personne qui allait le pleurer. C’est ainsi avec les vieux solitaires, on les croise dans les rues, dans les commerces. Ils sont souriants, mais on devine leurs solitudes qui les accompagne. Pourquoi es-tu seul ? Qu’as-tu fait pour en être là ? Je le savais très bien pour lui, ni femme, ni enfant… Je l’ai attendu, et au moment qu’il allait tourner la clef dans sa porte de serrure, je l’ai attrapé avec force. Je l’ai senti se débattre. Puis, j’ai senti la vie le quitter lentement. J’ai regardé le corps sans vie de ma victime allongé sur le sol. Puis je suis reparti. Je regardais mes mains, qui pour la première fois venaient de tuer. Durant un instant, j’étais paniqué. Je me suis mis à vomir. Mais, c’était une chose que je devais faire !

La seconde fois, le vieil homme était un peu plus robuste. Nous étions dans le même style d’immeuble. Je l’ai attendu également jusqu’à qu’il arrive. Cette fois-ci, je m’étais un peu mieux préparé. Le fait de sentir le corps se débattre, c’est assez troublant, alors cette fois-ci, j’y suis allé avec une lame. D’un coup net, je lui ai tranché la gorge. Je l’étouffais afin qu’il ne pousse pas de cris. Mais, une fois de plus, sentir le cœur qui s’arrête lentement, cela vous change. Oui, quand j’ai vu ce sang sur mes mains, cela m’a changé.

Au fil des meurtres, les situations changeaient. L’âge des vieillards grandissait, et leurs situations étaient de plus en plus confortables. Mais à chaque fois, j’améliorai ma technique. Je me souviens de mon avant-dernier meurtre. Il avait senti ma présence. Il s’est agenouillé en levant les mains. Il m’a demandé s’il pouvait le voir en face. Je lui ai répondu que non. Puis, j’ai posé le canon de mon revolver sur sa nuque, et j’ai tiré. Je pensais que cela allait être la dernière fois, j’avais envie que cela s’arrête. Mais je ne savais contrôler cela…

La dernière fois. C’était lui qui m’attendait. Il m’ouvrit la porte et me dit : « Entre ! Je savais que tu allais venir pour moi. ». Il m’avait préparé le café et quelques gâteaux. Il me montra sa bibliothèque, ses carnets, ses travaux de recherche. L’homme était passionnant, plus que d’habitude. Il était devenu un puits de science, mais tout comme les autres, il était seul. Il m’avait presque donné l’envie de l’épargner. Mais en me tendant un pistolet, il planta son regard dans le mien en me disant : « Vas-y bourreau… Fait ton office ! ». J’ai hésité, durant une seconde, puis j’ai tiré. Une balle entre les deux yeux. J’ai vu le corps s’effondrer sur le côté. Combien de fois en avais-je fait mourir ainsi ? C’était la première fois que l’on m’attendait, et surtout, c’était la première fois que je tuais de face. Celui-ci, tout autant que le premier, m’avait transformé. Je me disais qu’il allait être enfin le dernier, que j’avais assez tué…

C’étaient eux qui venaient à moi. Moi, je ne contrôlais pas tout cela, mais il fallait que je le fasse. À chaque fois, quand la police découvrait le corps, c’était ma propre rubrique nécrologique que la presse écrivait. Car oui, ce vieil homme que je tuais… C’était moi ! J’avais toujours eu ce rapport étrange avec le temps, et dans mon inconscient, j’avais cette faculté de pouvoir me rencontrer dans le futur. N’aimant pas ce que j’étais devenu, je me tuais… Je tuais le vieil homme que je devenais pour en devenir un autre ? Combien en ai-je tué ? Je l’ignore… Je ne saurais vous dire, je n’ai pas assez de doigts pour compter le nombre de cadavres qu’il y a fallu pour que j’arrive à écrire cela. Jusqu’à aujourd’hui…

La porte était entrouverte. Je poussais lentement la porte, la bibliothèque avait doublé de volume, le bureau était chargé de paperasse et de livres encore ouverts. Je regardais attentivement les photos encadrées sur les murs., à chaque meurtre, il y en avait un peu plus à chaque fois. Je reconnaissais des visages et d’autres que je ne connaissais pas encore. Le vieil homme était allongé sur le lit. On l’avait disposé méticuleusement, les bras en croix sur son torse. Je pensais qu’il était mort naturellement cette fois-ci. Mais en m’approchant de son cou, je vis des traces de strangulation. Quelqu’un était passé avant moi… Un frisson me parcourut l’échine. Mon regard se posa sur la table de chevet. Une enveloppe était posée sur la table de chevet, avec cette écriture que je ne connaissais pas. Mon prénom avec cette parenthèse où était inscrit mon âge. Cette lettre avait été écrite à mon intention…

« Je t’ai déjà dit qu’il faut que tu arrêtes d’être aussi dur envers toi-même. Cette fois-ci, je l’ai fait afin que tu n’aies plus à le refaire. Laisse les événements se dérouler, suis les signes, et nous nous rencontrerons enfin… »

©S.V – 17 septembre 2017

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