Le réveil (l’élan du cœur)

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Lyon, 31 octobre 2017

Réveil en sursaut, il a le corps trempé de sueur. Le souffle haletant, il se ressaisit et regarde tout autour de lui. Cela lui semblait si réel, il se souvient encore de tout, les tirs, la chute, le camp, l’atelier, l’instructeur… Tout semblait si vrai ! Dehors, le soleil ne s’était pas encore levé et son réveil n’avait pas encore sonné. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas fait ce genre de rêve. Ce qui le troublait, ce n’est pas la réalité de celui-ci, mais qu’il était la continuité de celui qu’il avait fait la semaine précédente. Tout aussi réel, les mêmes lieux, la guerre, et cette sensation d’avoir été un pilote alors qu’il n’avait jamais mis le pied dans un seul cockpit. La seule fois où il avait mis les pieds dans un avion, c’était pour ses vacances. Cela s’était passé deux fois dans sa vie. Il posa sa tête entre ses mains, et ferma les yeux. Il sentait le sommeil l’emporter. En se concentrant, il pouvait voir la vie dans ce camp et le visage de Daleth qui lui souriait.

— Tout va bien ? Je crois qu’il va être l’heure de te réveiller. Lui dit il.

Il sursauta, son réveil venait de se mettre à sonner. Il s’était laissé emporté durant que quelques minutes, mais il avait l’impression d’avoir vécu des heures.

— Ça recommence ! Dit-il lentement.

Ce n’était pas la première fois que cela lui arrivait. La première fois, cela avait duré des années avant qu’il se décide à en parler. Les rêves allaient devenir de plus en plus fréquent, parfois même provoquant des visions lors de ses journées. Cela avait failli lui coûter la vie. Il devait en parler, car cela recommençait. Mais cela, il ne pouvait pas en parler à n’importe qui. Il aurait pu aller voir sa psy qu’il continuait de voir régulièrement, mais celle-ci n’avait réussi qu’à apaiser les tourments du passé. Les flashes avaient continué, c’était autre chose. Ce n’est pas une pathologie psychique ou mentale, car tout semblait si réel. Il avait essayé d’en parler sur des forums sur internet, mais durant sa recherche, il n’avait croisé qu’un nombre incroyable de charlatan en tout genre. Et puis était arrivé cette rencontre, c’était il y a 15 ans de cela. Il lui avait dit qu’il allait essayer de trouver une solution, mais cela avait été dangereux. Très dangereux même… S’il était encore en vie, c’était grâce à cet homme. Il avait conclu avec lui un pacte. Il avait juré de ne jamais publier, le récit de ce rêve par épisode.

Il s’habilla et se prépara un café. Dehors, le ciel était en train de s’illuminer. Avec sa tasse à la main, il regardait le jour commencer, comme cette aube qu’il avait aperçue durant sa nuit. Cela faisait près de trois ans qu’il vivait une vie paisible et sans histoire, loin de ses aventures d’antan. Il avait posé ses valises. Mais a ce moment même, l’univers tout entier venait de décider à sa place qu’il était temps pour lui de reprendre du service. Il ouvrit le coffre-fort caché dans sa chambre, l’enveloppe cachetée était là. Seulement trois exemplaires existaient. Mais un fut caché, confié à une personne de confiance qui n’hésitera pas à le publier s’il lui arrivait malheur. C’est comme cela qu’il avait pu obtenir ce sursis de vie et d’éviter d’être tué comme les autres. C’était un secret très lourd, trop lourd qu’il avait essayé d’oublier. « L’œil d’Esteban », c’est ainsi qu’il l’avait baptisé était le récit de cette aventure qu’il avait vu en rêve qui se suivait comme une série que l’on regarde la nuit quand on dort profondément. Mais ce soir, tout venait de recommencer. C’était la seule certitude qu’il avait au fond de son cœur.

— Mais où cela va-t-il m’emmener ? Se demanda-t-il.

— Plus loin que tu n’oses l’imaginer. Répondit une voix derrière lui qui le fit sursauter.

Les yeux écarquillés, il observa tout autour de lui. Il était seul, et pourtant, on venait de lui répondre. Il regarda le miroir et regarda son reflet droit dans les yeux. Il se mit à verser une larme comprenant qu’il n’avait eu qu’un sursis. Il devait reprendre contact, il devait lui dire. Tout en regardant son reflet qui le regardait fixement. Il posa une dernière question.

— Dois-je reprendre contact ?

— Oui, tu le sais que nous avons encore besoin de lui. Répondit calmement l’homme qui se trouvait de l’autre côté du miroir…

©Stephane Lvq – 31 octobre 2017

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