L’inversé (L’élan du cœur)

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Lyon, 5 novembre 2017 – 18h45

Malgré le temps gris et froid qui s’était installé, la basilique de Fourvière avait eu, bon nombres de visiteurs aujourd’hui. Le changement d’heure et l’obscurité précoce n’avait pas découragé les touristes et les Lyonnais venus découvrir ou se recueillir. Le père François consulta sa montre, il allait bientôt être 19 heures. Les derniers visiteurs commençaient à se diriger tout naturellement vers la sortie. Seul un homme restait là, assis silencieusement, le regard plongé sur celui de la statue de la Vierge. Calmement, le prêtre s’approcha de lui.

— Monsieur ! Nous allons bientôt fermer. Dit-il d’une voix paisible et douce.

L’homme le regarda, non, il n’avait pas le regard vide et triste de ces êtres qui restait longtemps à méditer, prier ou tout simplement à chercher la foi. L’homme avait le regard décidé, et lui répondit tout en esquissant un large sourire.

— Je suis au courant, mon père ! Je connais les horaires. Je suis venu, car je voudrais voir un de vos prêtres exorcistes.

— Un exorciste ? À cette heure ? Monsieur, il est tard et nous allons bientôt fermer. Revenez demain !

L’homme ne se décourageait pas. Il inspira lentement et reprit la parole.

— Je vous l’ai dit, mon père. Je connais les horaires. Je suis venu m’entretenir avec le Romain.

— Le Romain ? S’étonna le curé.

— Oui, le Romain ! Allez voir votre exorciste, dites-lui que je veux le voir. S’il vous demande pourquoi je suis là, dites-lui que j’hésite entre une confession et une extrême-onction. Allez le voir, s’il vous plaît. Je ne partirais qu’après m’être entretenu avec lui.

Le prêtre regarda cet étrange personnage qui continuait à sourire à la Vierge. Cet homme n’avait pas l’air d’un détraqué. Le prêtre se retira et prit son téléphone portable pour appeler son confrère qui s’occupait des confessions. Il expliqua les propos de cet homme et dès qu’il prononça le nom du « Romain », de cette mystérieuse phrase prononcée, il lui fut signalé de faire attendre l’homme dans la crypte. Le prêtre s’exécuta et invita l’homme à le suivre dans la crypte. L’homme le remercia, il le vit s’enfoncer dans les escaliers. Le prêtre l’entendit descendre lentement les escaliers, puis referma la porte. Peu de temps après avoir fermé la basilique aux visites, il vit un jeune prêtre entrer. Il ne le connaissait guère, il savait que celui-ci travaillait pour le cabinet du cardinal. Celui-ci le remercia et l’invita à partir.

— Nous nous en occupons ! Lui dit-il.

— Nous ?

— Oui, nous fit une voix derrière lui.

Le prêtre se retourna et vit un autre de ses confrères. Lui aussi était proche du cardinal, mais qu’il ne connaissait que de vue. Nombreuses étaient les légendes sur lui, certains disaient qu’il dépendait du Saint-Siège directement et que même le Primat des Gaules n’avait aucun pouvoir sur lui. Le prêtre s’inclina et sortit de la basilique. Avant de refermer la porte, il s’exclama de stupeur en voyant ces deux prêtres sortir des armes à feu. Il traversa la place très rapidement afin de rejoindre ses quartiers et oublier très vite ce qu’il venait de voir.

Le jeune prêtre descendit les marches qui rejoignait la crypte. L’homme se trouvait là, assis au premier rang. Le crâne dégarnit, une barbe de quelques jours, l’homme continuait de sourire. Lui avançait lentement, ce mystérieux visiteur tourna la tête afin de regarder le jeune curé qui avançait vers lui, les mains dans le dos.

— Vous n’êtes pas le Romain! C’est avec lui que je veux m’entretenir.

Le jeune prêtre mit en joue le visiteur. Celui-ci regarda le prêtre, et se mit à sourire.

— Vous avez changé de fournisseur ? Le MK4 n’était plus fiable ?

— Qui êtes-vous ? Que lui voulez-vous ?

L’homme se mit à pouffer de rire.

— Je ne suis pas armé. Dit-il en levant les mains. Vous pouvez vérifier. Ni micros, ni armes !

Le prêtre vérifia les dires de l’homme, en le fouillant. L’homme lui tendit sa carte d’identité. Tout en le gardant en joue, celui-ci prononça à haute voix le nom inscrit dessus.

— Sylvain Lubeck… Ça vous dit quelque chose ?

Les bruits de pas se firent entendre, l’homme et le jeune prêtre regardaient la silhouette du Romain sortir de l’ombre.

— Range ton arme, Kandjar ! Il est de la maison, lança-t-il avec un accent italien. Notre ami est un ancien de la maison. On peut lui faire confiance.

Tandis que le jeune prêtre rangea son arme dans le holster sous sa veste grise. Le prêtre et l’homme restèrent quelques minutes à se regarder dans les yeux, puis ce dernier brisa le silence.

— Salut Romain ! Ça fait longtemps !

Le prêtre soupira puis esquissa un sourire. Les deux hommes se serrèrent la main puis se rapprochèrent pour se donner une accolade.

— Luc, je te présente Monsieur Lubeck, alias Mercure. C’est un ancien de nos services, nous avons travaillé pendant plusieurs années avant que notre ami décide de se retirer. Je te présente par la même occasion, Luc, alias Kandjar, c’est mon assistant.

— Tu ne travailles plus en solitaire, maintenant ?

— Oh que non ! Nos services ont subi de grandes modifications, il y a fallut faire le ménage. Tu sais ce que c’est, mon ami.

— Je connais les méthodes de la maison. Le Sodalitium Secretum Vaticanum à toujours des pratiques peu orthodoxes. Je n’oublie pas que la dernière fois que je t’ai vu, vous vouliez m’éliminer.

— Nous avons conclu un pacte, mon ami ! Et j’ai tenu parole ! Mais je doute que est venu me parler du bon vieux temps.

— Effectivement. Dit-il en s’asseyant. Si je suis venu, c’est pour ma promesse. Ça recommence…

Le Romain s’assit à son tour, les yeux écarquillés de surprises.

— Ça recommence ? Tu veux dire que…

— Oui, fit l’homme.

Le responsable du SSV, regarda son jeune assistant qui semblait désorienté. Il l’invita à prendre place.

— Tu permets que je lui explique ?

L’homme répondit d’un signe de tête.

— Notre ami, ici présent fait partie des fondateurs. C’était une époque, où nos services effectuaient encore des recherches scientifiques et ésotériques. Nos services étaient encore dirigés par ce que l’on appelait les archanges. Le SSV se composait de 4 services distincts et indépendants. Je faisais partie de cette section. Les fondateurs étaient des individus volontaires qui avaient des facultés psychiques et extra-sensorielles. Nous les avions initiés. Ce qui est intéressant, chez ces personnes, c’est que l’initiation développait leurs dons. Nous les appelions pas « Initiés », mais « Inversés » !

Le jeune prêtre opina, tandis que l’homme continuait de sourire en regardant les statues de la crypte.

– Notre ami, ici présent, comme tous les « Inversés » effectuaient pour nous des missions d’infiltration. Mais à la différence des autres, Mercure, avait droit à une communication avec une entité jusque alors inconnue et non-répertoriée. Cette entité fut appelée par nos services : Le Voyageur. C’était une entité neutre, qui a rapidement suscité notre curiosité. La nuit, notre ami retranscrivait les messages que l’entité lui envoyait. Le résultat donna un texte assez étrange, mais très gênant pour le Vatican. C’était une période où le Saint-Père était encore allemand et très maladroit avec nos services. Quand celui-ci apprit l’existence de ce manuscrit et de nos pratiques, celui-ci fit fermer notre service. Les « Fondateurs » furent éliminés… Sauf un ! Bien qu’une tentative d’élimination fut tentée, Mercure, échappa à la mort et me contacta en privé. Il m’annonça qu’une copie du texte était confiée à une personne de confiance et que s’il lui arrivait malheur, les consignes étaient de diffuser le texte librement sur le web. J’ai dû user de diplomatie afin que notre dernier « inversé » puisse être épargné. Les messages s’arrêtèrent brusquement pour lui, et nous avions conclut un accord. Sa tranquillité, mais que si les messages recommenceraient, je serais prévenu. Comme tu le sais, nos services ont été transformés. Le SSV ne fait pus que des missions diplomatiques et de renseignement. Nos vieilles sections spéciales ne sont plus d’actualité

L’homme se mit à rire.

— Tu vas pas me faire croire que tu as abandonné tes recherches ! T’es une vraie carne, quand tu tiens une proie, tu ne la lâches pas !

— Je dois être un peu plus discret. Répondit le Romain en faisant un clin d’oeil. Je sais que je peux avoir une totale confiance en mon assistant. Notre nouveau patron, le bras gauche de l’argentin, nous a également à la bonne. Je sais que le cardinal Iscariote saura fermer les yeux.

— Cardinal Iscariote ? Demanda l’homme. Le Vatican ne manque décidément pas d’humour !

— Tu sais, nos services n’existent pas aux yeux du monde. C’est une légende urbaine dans le milieu du renseignement, et souvent repris dans l’imaginaire d’auteurs. Cela nous satisfait. Nous sommes très prudents et tu comprends que l’Iscariote est un cardinal « In Expecto ».

— Je comprends très bien votre position. Mais, tu as lu « L’œil d’Esteban », tu sais ce que cela annonce, et je ne sais pas encore ce que le Voyageur veut me dire.

— Oui, mon ami. Dit le Romain d’une voix grave. Les messages ont repris, et je te remercie d’être venu me prévenir. Je préviendrais l’Iscariote en temps et en heure.

— J’ai un service à te demander en supplément. Je désire, une nouvelle identité. J’ai envie de pouvoir recommencer une nouvelle vie après tout ça.

— Ça ne va pas être facile ! Coupa le jeune prêtre.

Les deux prêtres se regardèrent un instant, puis le Romain reprit la parole.

— J’ai une idée. Je peux faire passer cela pour un service rendu. J’en toucherais quelques mots à l’Iscariote. Mais tu sais ce que cela signifie pour toi ?

— Je sais… Que je reprenne du service… J’en suis conscient !

Les deux prêtres et l’homme se levèrent et sortir de la crypte par une entrée dérobée donnant l’accès sur les jardins. La nuit état fraîche, sous leurs yeux, la ville s’illuminait dans l’obscurité. Le Romain tapa sur l’épaule de l’homme.

— Reviens me voir dans une semaine. J’aurais du nouveau pour toi. Mais en attendant…

— Je me repose, en attendant la tempête et les messages du Voyageur…

— Exactement, mon ami !

Tandis que l’homme descendait calmement le long des jardins, le Romain et son assistant regardaient celui-ci s’enfoncer dans la pénombre.

— Peut-on lui faire confiance ? N’a-t-il pas changé depuis toutes ces années ?

— Je ne sais pas. Tout le monde change, tout le monde évolue. Surveille-le discrètement, de mon côté, je préviens de son retour… Ceci dit, je suis tout de même heureux de le revoir.

— Pourquoi donc ? Demanda le jeune curé.

— Parce que lui aussi m’a sauvé la vie. Lança le Romain gravement avant de retourner dans la crypte.

©S.V – 5 novembre 2017

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