Nouveau départ (l’élan du coeur)

Bible gun

Lyon, 13 novembre 2017

Le temps de novembre était devenu subitement gris et froid. Sébastien Lubeck avait reçu un message du « Romain » ce matin. Il lui avait donné rendez-vous ici, dans un des carrés du cimetière de Loyasse. Celui-ci était vide, la cohue de Toussaint était déjà loin, et cet endroit était idéal pour se donner rendez-vous. Les indications étaient précises, mais il lui fallu un temps d’adaptation afin de se repérer. Après un bon quart d’heure, il trouva l’endroit. C’était une petite tombe, oubliée dans un recoin. La terre avait été fraîchement retournée. Il resta un long moment à observer et s’alluma une cigarette.

— Je croyais que tu avais arrêté ? Coupa une voix derrière lui.

Lubeck se retourna et vis le visage du romain qui lui souriait.

— Je croyais aussi… Dit-il en jetant son mégot au sol. Si je comprends bien…

—  Je suis parti à Rome durant la semaine. Nous avons longuement palabré sur ton cas. Ce ne fut pas si facile que ça !

Lubeck se mit à sourire, puis regarda une fois de plus la tombe. C’était une sensation étrange, il ne savait plus dans quoi il venait de se plonger.

— J’ai fait un nouveau rêve cette nuit. Je voyais cet homme, ce « voyageur », il courait à travers une ville. Les remparts de la cité tombaient un à un. Puis, il s’est retrouvé dans une salle de conseil. Ils étaient plusieurs. Ils parlaient de moi, de toi, de notre nouvelle collaboration. Ils disaient que je n’était pas encore prêt.

— Tu te souviens d’un visage ? D’un nom ?

— Non, c’était flou et sombre. Je n’ai su que le nom de cet homme : Daleth. C’était lui qui était en charge de vieller sur moi

— C’est la quatrième lettre de l’alphabet hébreu. Cela ne nous avancera pas, mais j’en prends bonne note.

Les deux hommes marquèrent une pose, puis le romain reprit la parole.

— Bon. Ta requête a été acceptée. Les discussions ont été assez houleuses. Il nous a fallut sortir quelques vieux dossiers des archives. L’argentin n’avait pas eu connaissance de vos dossiers. Pour beaucoup, ils pensaient que les fondateurs étaient morts ! Je leur ai dit que tu étais prêt à collaborer.

Lubeck hocha la tête et écouta la suite du discours.

— Tu sais le SSV a beaucoup changé. Nos missions sont plus conventionnelles et axée sur du renseignement. Nous ne faisons plus officiellement de recherche sur le paranormal. Avec cette vague d’attentat que le monde à subit, nous avons constitué un groupe mixte inter-religieux pour la surveillance des territoires. Cela a considérablement changé notre façon de travailler et surtout de penser. Nous avons parlé de toi au comité et je me suis porté garant pour toi.

Le romain tendit une épaisse enveloppe que Lubeck ouvrit immédiatement.

— Stéphane Vescove ? Qui était cet homme ? Demanda-t-il en découvrant ses nouveaux papiers d’identité.

— Cet homme est mort depuis longtemps. C’est lui qui est enterré là. Nous n’avons fait que le ressusciter, nous avons dû pour cela pirater le fichier national. Ce ne fut pas si facile que cela en à l’air. Et comprends bien que nous avons pris de gros risques !

— Je comprends. Mais que voulez-vous de moi?

— Pour l’instant, on va encore te laisser en sommeil. J’ai négocié cela. Mais attends-toi à ce que l’on t’appelle bientôt…

— Je m’en doute bien. Merci quand même !

— Il y a un second point sur lequel je me suis entretenu personnellement avec l’argentin. C’est au sujet de l’écriture…

Lubeck releva subitement la tête.

— C’est-à-dire ?

— Nous avons parlé de tes textes. Si son prédécesseur ne voyait pas tes écrits d’un bon œil. Lui, en revanche, t’encourage fortement. Mais à une condition…

— Laquelle ?

— Que tu modifies quelques lignes et certains passages. Tu peux permettre de remettre en lumière notre institution. Tu as même l’autorisation de mettre en récit nos aventures ?

— Sois plus précis ? Je ne saisis plus très bien. Il y a 3 ans, vous vouliez me tuer et maintenant, vous me demandez que j’écrive pour vous ?

— Oui. Il y a une grande différence entre un Mariste et un Jésuite ! Nous voyons dans ces écrits la possibilité de mettre de la lumière sur notre institution, mais aussi une obscurité sur nos services. C’est une très belle opportunité, mais comme tu dois t’en douter, nous serons encore là pour filtrer.

— C’est une semi-liberté en fait.

— Appelle cela comme tu le veux. Mais c’est une chance à saisir. Par contre, concernant le « voyageur », bien évidement…

— Je te tiens au courant !

Le romain tendit la main et Lubeck l’empoigna.

— Félicitation, monsieur Vescove ! Bienvenue au SSV…

— Pas de coup dans le dos fois-ci ? Demanda-t-il.

— Non, plus de coup dans le dos. Tu fais partie de la maison ! D’ailleurs… J’ai oublié de te donner ça.

Le romain sortit de sa poche un revolver.

— C’est un Beretta 92, semi-automatique, 9mm, chargeur de 15 coups. C’est une arme fiable !

— Pourquoi une arme ?

— C’est au cas où ! Tu regarderas dans tes documents, tu as une immunité diplomatique qui te permet la libre-circulation de celle-ci. Officiellement, Sébastien Lubeck est attaché diplomatique pour le Vatican. Le nom de Vescove, ta seconde vie, ce sera uniquement pour l’écriture au départ. Maintenant, libre à toi de gagner la confiance de l’Iscariote.

— Plus je collabore et plus Vescove gagne en liberté. C’est ça ?

— Tout a fait, mon ami ! Tu as tout compris !

Le romain lui tapa sur l’épaule, puis s’éloigna.

— Je t’appelle dans la semaine ! Lança-t-il avant de disparaître.

Lubeck regarda tout autour de lui, il regarda la tombe, l’épaisse enveloppe contenant tous les éléments de sa nouvelle vie, puis son regard se posa sur cette lourde arme à feu qu’il coinça dans sa ceinture. Il n’avait jamais porté d’arme, il n’avait jamais tiré sur quelqu’un et là. Il n’avait pas l’habitude de tout ça. C’était au cas où, lui avait dit le romain. Mais il espérait de tout cœur de ne pas devoir l’utiliser.

Lubeck attendit quelques minutes, il alluma une dernière cigarette. Puis s’éloigna lentement afin de rentrer chez lui et examiner tout ce que l’on venait de lui donner. Ce qu’il était surprenant, c’est la bénédiction de pouvoir réécrire. Il avançait lentement, le temps était frais. Il avait envie de prendre un café, mais la présence de cette arme coincée dans la ceinture de son pantalon le mettait terriblement mal à l’aise. Dans les recoins du cimetière, deux ombres l’observaient. Silencieuses et invisibles, elles avaient observé toute la scène.

— Tout se passe comme prévu ! Ton élève avance bien, mon cher Daleth. Mais arrivera-t-il à se souvenir de tout ?

— Il prend conscience de sa nature. C’est très encourageant. Mais pourquoi ce curé ? Pourquoi eux, mon cher Mem ?

— C’était écrit ainsi. C’est ce qui était écrit dans le livre… C’est lui qui les a choisis, pas eux ! N’oublie pas que nous vivons en lui et que lui vis en nous. Nous sommes tous liés, mais c’est lui qui mène la danse.

Daleth poussa un long soupir puis regarda la silhouette de l’homme s ‘éloigner et disparaître au détour du cimetière. L’instructeur baissa la tête puis tapa sur l’épaule de son ami Mem.

— Où cela va-t-il nous mener ? Cher auteur… Sais-tu au moins où tu vas nous emmener ? Dit-il avant de disparaître à son tour.

©S.L – 13 novembre 2013

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s