Expérience n°4: La réalisation de l’outil

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Tellement que je suis plongé dans la recherche actuellement, j’en ai complètement oublié mon blog. Depuis le mois d’avril, il y eut pas mal d’avancée à ce sujet. Où en sommes-nous ? J’ai réalisé de l’encre afin de percer les secrets de l’écriture. Par cette alchimie, j’ai appris à me connaître, me comprendre et surtout m’améliorer. J’ai recherché dans la géométrie afin de comprendre les formes du langage. Je devais aller plus loin… On ne saurait pas s’arrêter en si bon chemin !

J’ai donc réalisé l’encre, pas encore le support (mais cela ne saurait tarder!). Il me fallait donc l’instrument de l’écriture. Je n’ai pas les moyens techniques, ni la place, afin de travailler les métaux. Donc, je ne pouvais réaliser de plume. Je pouvais bien entendu me procurer des plumes d’oie, mais dans cette recherche, je vais à la base des choses. Vous commencez à connaître le personnage, j’aurais voulu avoir ma propre oie, comprendre son évolution depuis l’œuf, cela m’est impossible. Et puis la vie d’une pauvre oie en appartement, elle n’aurait pas pu s’épanouir. Donc je suis parti à la base même de l’écriture… Avec quoi, avons-nous commencé à écrire ? Les mains !

Les premières représentations datent d’un temps, où les principes d’égalité homme-femme n’étaient qu’a leurs balbutiements. Dans les profondeurs caverneuses, Mr et Mme Néandertal batifolaient et s’exprimaient sur les parois rocheuses de la caverne familiale. Mais là, non plus, je n’avais pas l’envie d’une décoration rupestre à la maison. On ne va plus à la chasse ou à la cueillette de nos jours. Cela allait devenir complètement inintéressant, et surtout un peu gênant si l’éventualité m’amenait des convives à la maison. Et puis ce n’est pas de l’écriture, c’est de la représentation !

Moyens techniques limités, j’ai donc opté sur l’option végétale : Le calame…

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La première utilisation de calame vient avant la découverte de l’encre et du papyrus. C’est sur des tablettes d’argile que nous écrivions, des écritures cunéiformes qui seront faites avec un morceau de roseau taillé (ou d’une autre matière végétale) à l’époque sumérienne (il y a 6000 ans de cela!). Plus tard, à l’époque égyptienne (environs 4000 ans de cela), le calame est taillé en pointe. L’encre utilisée est composée de pigments, d’alun de potassium et disposée sur des lames de plante séchées qui forment ce que l’on appelle « papyrus ». Au fil des âges, l’instrument évoluera en fonction de la localisation géographique de la personne qui écrira. La plume sera très répandue en Occident, l’Orient utilisera le pinceau et le Moyen-Orient et l’Afrique restera au Calame. Pour les plus pieux d’entre vous, les écritures dites « sacrées » furent écrites avec cet instrument ! L’empire Romain fera usage des premières plumes d’oiseaux. On ne connaît que l’oie, mais le coq de bruyère, le canard, le corbeau, le vautour ou même l’aigle auront permis d’écrire de nombreux textes. Mais la plume d’oiseau à tendance à se ramollir avec l’encre. Il faut la tailler régulièrement au canif. Si le calame est toujours utilisé, l’Antiquité usera de sa connaissance des métaux afin de réaliser les premières plumes métalliques. L’Égypte utilisa tout de même des plumes de cuivre, Rome utilisa le bronze, et le Moyen Âge utilisera l’argent et l’or, mais cela restera pour l’usage des hautes sphères des sociétés de l’époque. La plume et le calame perdureront jusqu’au XIXème siècle avec la découverte d’acier souple ce qui permettra de démocratiser l’écriture avec la plume « métal ». Vers la fin de ce même siècle, une innovation technologique permettra une avancée dans l’écriture avec le stylo-plume (ou stylographe). Les premiers schémas de cette invention sont de Léonard de Vinci (Codex Atlanticus), mais c’est un Roumain : Petrache Poenaru qui réalisera les premiers modèles du porte-plume portable en 1824. Mais ce sera en 1884 avec l’ingéniosité de l’américain Waterman qui revisitera l’œuvre de Poenaru que le stylo-plume va commencer à s’émanciper. Mais il faudra attendre 11 ans de plus avec l’innovation d’un autre américain : Parker pour connaître le débit régulier de l’encre. En 1925, c’est le français Zuber, qui fera évoluer le stylo avec le stylomine (porte-mine et stylo avec un réservoir en forme d’accordéon) . Le stylo-bille sera inventé par un Slovaque (Slavoljub Penkala) en 1907, mais ce sera le Hongrois László Bíró, qui développera l’invention avec son encre à séchage rapide et deviendra le créateur du stylo Bic. Et nous voilà en 2018… Nous écrivons avec des claviers, faisons fit de l’orthographe et des règles élémentaires de grammaire, utilisons des smileys… Et moi, de mon côté, je retourne aux bases en réalisant des calames…

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Bambou ou roseau, en fonction de l’effet que je veux donner. Sur une charge d’encre, le bambou donnera des effets d’estompement des couleurs, le roseau, lui par ses fibres végétales, donnera un aspect plus régulier (comme un stylo-feutre). Le roseau permet plus d’écrire, tandis que le bambou, lui, à dessiner. Le mode de taillage est simple, rapide, mais demande une exactitude dans sa réalisation. On peut donner un aspect pointu pour réaliser des traits fins ou écrire, ou large pour dessiner ou calligraphier. La taille se fera lentement, méticuleusement afin que la trempe donne un aspect très homogène. Une fente sera faite afin de laisser une réserve d’encre (appelée goutte).

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La réalisation de l’outil à une grande importance symbolique. Car elle permet de réaliser l’extension de son esprit. Oui, l’outil n’est qu’un prolongement de ce que nous sommes et permet surtout de l’exprimer. Artisans ou artistes, les créations que nous réalisons ne sont qu’une représentation de ce que nous sommes. De ce que nous voulons dire, de comment nous voyons les choses. Réaliser son outil permet également de se réaliser soi-même. Car l’instrument d’expression ne sera pas « générique », mais fait sur-mesure et par soi-même. Mais réaliser ses propres outils, c’est aussi faire l’effort… L’effort, un pas que nous faisons en direction de soi-même… Afin de mieux se connaître… De pouvoir se réaliser… Afin de pouvoir s’épanouir…

Oui, je sais, j’avance à petit pas. Je recommence de zéro. Le chemin qui mène à soi est un cheminement très long, difficile, parsemé d’embûche et de nombreuses illusions sont là pour nous distraire. Mais je ne le regrette pas… Depuis le temps que je n’ai pas écrit, il s’est passé tant de choses. Et j’ai de nombreuses choses à vous raconter. Mes encres commencent à prendre de nouvelles teintes. J’ai désormais une belle palette de couleurs à vous proposer, mais cela est une autre histoire…

©S.V – 15/08/2018

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