Experience n°5: Ombre et Lumière

DSC_0086J’aurais pu faire vivre ce blog, l’alimenter régulièrement pour avoir des vues, des commentaires. Mais je n’ai rien fait de cela… J’ai continué mon expérience sur les encres, sans cesse, sans relâche. Je n’étais pas satisfait de mes résultats obtenus avec les pigments, alors j’ai pris ce que l’on appelle la voie liquide. Travailler les plantes, extraire leurs tanins puis les travailler avec des sulfures de fer, de cuivre. Puis, j’ai découvert que l’alun de potassium, qui était un mordant très prisé au Moyen-Âge et dans l’Antiquité. Le fer m’assombrissait mes tanins, le cuivre me les bleuissait, tandis que l’alun me donnait des couleurs vives.

J’ai alors travaillé avec les plantes. Fort de mes résultats obtenus avec la galle du chêne et mon encre noire, puis brune, je me suis rendu compte que j’arrivais à obtenir grâce à mes différents mordants trois couleurs. Je me suis alors essayé avec beaucoup de plantes, des fleurs d’hibiscus, des brous de noix, des plantes médicinales, des colorants naturels comme le henné, et bien d’autres. J’étais fier de ce travail que j’avais réussi. J’avais une palette de couleur naturelle, des verts, des gris, des marrons, un violet, un joli fuchsia. Mais des couleurs principales et surtout des primaires, je n’en avais point.

DSC_0082

Cette expérience aura été très éprouvante, autant par sa longueur, sa recherche, mais aussi son aspect émotif. Près d’un an et demi aura été nécessaire afin d’obtenir ces résultats. Je suis parti du violet que j’avais obtenu avec une plante du Mexique, puis je découvris le bleu ciel avec une plante du Maroc qu’une amie m’avait rapporté de voyage. Ce fut l’orange qui vint ensuite, puis découvrant qu’en assemblant différents tannins, j’obtenais de nouvelles couleurs, ce fut le rouge qui arriva enfin. Ma recherche devint de plus en plus ciblée, plus méthodique. Un jaune convenable arriva en octobre dernier. Mais la saison des encres se terminait. Il ne manquait que deux couleurs, un vert et un indigo pour que termine l’arc-en-ciel de ma palette…

40555394_452104705281183_7981745443107241984_n

Attendre fut difficile, les journées s’assombrissaient, l’automne était déjà là. Mon tropisme naturel me repoussa vers l’étude. Mais également vers mes noirceurs… Et puis, obtenir une couleur, cela implique l’étudier, comprendre sa symbolique, mais également l’éprouver. Le violet m’a fait saisir le sens du spirituel, le bleu ciel, l’expression, l’orange, la créativité, le rouge, mes racines. Il ne manquait que le vert pour que je puisse comprendre le cœur même de l’émotion et le bleu indigo de l’intuition. Parallèlement, j’approfondissais ma connaissance sur le Tarot afin d’apprendre sur les émotions. Tout ce flot de connaissance que j’accumulais, mes recherches, ma vie professionnelle, petit à petit, je m’enfermais dans une solitude stricte. À force de vouloir absolument me connaître, je ne savais plus rien sur le monde qui m’entourait. À force de vouloir trop de lumière, je me suis moi-même aveuglé…

Ce fut en début d’année que je fis un « burn-out ». Après une semaine de repos forcé et suivant les conseils du médecin qui me prodiguait d’enlever mes sources de stress, je me suis remis au travail. Parallèlement, j’ouvrais pour essayer d’éradiquer mon stress au travail, et de l’autre côté, je me remis à travailler mes encres. Le vert est arrivé assez facilement. Pour l’indigo, ce fut plus compliqué. Le bleu n’étant pas une couleur que l’homme ne peut faire naturellement. J’excluais le lapis-lazuli qui était trop onéreux et me tournais vers le pigment d’indigo et les méthodes des teinturiers. Vers la fin février de cette année, j’avais mes sept couleurs… L’arc-en-ciel au grand complet !

52633010_539904873167832_29279028280033280_o

J’étais fier… Mais la satisfaction n’était pas entière. Il fallait que je fasse le tri de tout cela, que je sélectionne mes plus belles couleurs, que je remette mon travail au propre. Mais encore une fois, je réalisais que j’allais prendre le même chemin qu’auparavant. Travailler sa lumière, cela veut dire également travailler son ombre que je ne voulais pas regarder en face. Alors j’ai plongé la tête la première, lâchant totalement prise. Je me suis totalement imprégné de ces ténèbres afin de mieux comprendre ce que j’étais, qui j’étais et surtout vers où je voulais me diriger.

Cette expérience fut vraiment très enrichissante, non parce que je travaille désormais sur les dorures, mais par ce qu’elle m’a fait découvrir. Ce travail m’a orienté sur sa symbolique, mais également mes limites que j’ai su dépasser. Professionnellement, j’ai des nouveaux objectifs, des nouveaux projets comme celui de reprendre mes études. Mais alchimiquement, ce travail me pousse désormais vers la publication. Étudier les encres, les outils, les couleurs, les émotions, cela m’a permis d’apprendre à me connaître. En me plongeant dans l’étude, je pensais découvrir les grands mystères de l’Univers et j’ai découvert que dans celui-ci, le plus grand qui existe n’est autre que nous-même. Le savoir est à la portée de tous, enfermé dans nos livres ou à la portée d’un simple clic. Mais la connaissance, c’est éprouver, tester, douter, goûter. Chacun de nos sens encore plus à l’éveil qu’auparavant. Je vais vous faire un dernier aveu… Je n’ai plus qu’une seule certitude, c’est que je ne sais absolument rien ! Et c’est peut-être pour cela que je désire aller encore plus loin…

©S.L – 13 mars 2019

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s