Jour 18 – Comme des chats de Schrödinger

Jour 18,

Lentement, une routine temporaire s’installe. Malgré mes traversées en solitaire à travers la ville, malgré les paysages déserts, je sais que la ville n’est pas morte. Elle est ni morte, ni vivante. Elle est simplement plongée dans un état quantique où le temps s’est arrêté. Ce temps que l’on avait pas, nous courrions sans cesse afin de pouvoir se poser quelques instants afin de reprendre notre souffle. Désormais, chacun dans notre espace confiné, nos courbes temporelles s’est repliée sur elle-même créant ainsi une boucle qui se répète sans cesse.

Derrière les fenêtres de ces bâtiments, je sais que derrière ces fenêtres, il y a de la vie. Sont-ils en bonne santé ? Sont-ils atteints par le virus ? Que font-ils ? Comment vivent-ils ces moments ? L’image du chat de Schrödinger me revient subitement en tête. Mais cette fois-ci, l’animal semble avoir pris sa revanche. Il a enfermé les humains dans ces boîtes que l’on appelle appartements. Ils sont divisés physiquement, mais reliés virtuellement, ils sont maintenus dans un état paradoxal qu’ils ne comprennent pas et qui les dépasse. Dans ce gigantesque qu’est une ville, un département, une région ou un pays, dehors, il n’y a que les éléments essentiels à leurs survies qui continuent leurs mouvements. Mais un étrange élément totalement imprévisible peut à chaque instant éteindre leurs histoires.

Étrange moment que celui que nous vivons. Le temps naturel des astres qui continue sont cours, tandis que celui des hommes s’est arrêté. Non, ce n’est pas encore la fin des temps, les rouages de la machine universelle continuent de fonctionner à la perfection. Ce n’est que le temps des hommes qui se synchronise avec la nature, une mise à jour nécessaire qui nous permet également de reprendre notre souffle après des décennies de courses effrénées. L’essentiel est là, sous nos yeux, et nous avons désormais ce choix de prendre notre temps afin de ne plus le perdre.

C’est l’ensemble du paradigme qui est en train de se modifier. Qu’importe notre origine, notre culture, nos croyances, nos idéologies ou notre niveau social, nous sommes tous plongé dans cet état incroyable où tout est en train de se modifier. Tout en étant paralysés par cet arrêt de nos sociétés, un cycle s’est pourtant mis en route. Et pendant ce temps-là, nous devons faire preuve d’autorité sur nous-même afin de ne pas sortir de la machine. C’est un marathon mental que nous sommes en train de courir tous ensemble, mais là à la différence des compétitions traditionnelles, ce n’est pas le meilleur qui remporte le trophée. C’est toute l’équipe qui doit faire preuve de cohésion, d’esprit, d’ingéniosité, de solidarité mais surtout d’unité afin qu’elle puisse terminer cette épreuve où il n’y a pas de chronomètre. Comme chantait Jean-Jacques Goldman : « Nous serons vainqueurs, même le dernier des derniers, une fois au moins les meilleurs… » mais à cela je compléterais ce vers par nous qui avons résisté.

Comme des chats de Schrödinger, voici dans quel état nous nous trouvons en ce moment. Perdus dans l’espace et le temps, voyageant dans nos boîtes. Face à nous même, nos peurs, nos vieux démons, le cours de nos vies défilant dans nos têtes. On se répète des « Si j’avais su… » ou des « Si j’avais (pas) fait… ». Mais le temps est une voie à sens unique, le futur n’est que les conséquences des choix que nous faisons. Devant la quantique, le cantique ne sert à rien. Il ne fait que reculer l’échéance du temps de l’acceptation. Accepter qui on est, ce que nous sommes et surtout de ce que nous faisons. Dans cette nature, nous ne sommes qu’une espèce parmi tant d’autres. Nous ne sommes rien et pourtant nous faisons partie du Tout. Alors, en attendant, nos vies se rythment tels les félins du grand physicien, apprenant ainsi que nous sommes faits l’un pour l’autre et plongé dans cet état où le temps humain n’a plus cours. Chacun dans nos boîtes, nous patientons, mais je suis certain que bientôt, nous ronronnerons…

Texte et Photo : ©Stéphane Lévêque – 2 avril 2020

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