Les règles du « Je » – Le départ

Il se réveilla brusquement. Il était trempé de sueur. Les draps de son lit étaient en bataille, signe que son sommeil a été mouvementé. À avoir trop dormi, une légère migraine se fit ressentir. Il resta un long moment assis sur le rebord de son lit afin de reprendre ses esprits. Une voix derrière lui le sortit de sa rêverie matinale.

— Il ne faut pas que tu restes ici. Ils sont à ta recherche. Déclara une voix de femme qui lui semblait familière.

Il se tourna vers elle et reconnu la silhouette de la diablesse qui l’avait aidé à s’échapper. Elle lui adressa un léger sourire, puis lui tourna le dos. Elle savait qu’il contemplait ses courbes gracieuses. Mais elle reprit la parole sur un ton plus insistant.

— Il ne faut pas que tu tardes trop longtemps. Bonnie est dehors qui t’attend.

Elle tourna la tête en sa direction et vit qu’il était encore en train de reprendre ses esprits.

– Mal dormi ? Tu n’as pas arrêté de tourner dans ce satané lit. Tu n’as pas arrêté de marmonner dans ton sommeil.

Il passa la main sur son visage. Puis un son rauque sortit de sa bouche.

— J’ai fait un drôle de rêve. J’étais dans un autre monde, plus dur et plus cruel qu’ici. Il y avait un virus qui était partout. Les gens avaient peur, ils portaient des masques et se mettaient un truc visqueux sur leurs mains. C’était bizarre. J’étais une autre personne, vous y étiez toi et Bonnie. Je vous ai rencontré.

La diablesse le regarda sans rien dire. Il se leva et s’habilla. La diablesse lui tendit une tasse de café encore fumante.

— Je veux pas te presser. Mais il faut que tu y ailles.

— Je sais ! Coupa-t-il.

Il vida d’un trait la tasse de café en faisant une grimace. Le liquide était encore trop chaud et lui avait brûlé la gorge. La diablesse émit un petit rire.

— Tu aurais pu prendre ton temps pour le boire.

Il répondit d’un léger sourire.

— Je dois y aller. Tu as fait beaucoup pour moi, je t’en remercie.

Il prit son manteau et s’approcha de la porte.

— Attends ! Cette nuit, tu répétais sans cesse les mêmes choses. On les a notés avec Bonnie. Lança la diablesse en lui tendant un bout de papier. C’était intéressant…

Il saisit le bout de papier. Puis s’approcha de la porte. Il s’arrêta net. Il tourna simplement la tête et lança une dernière chose à son hôtesse en guise d’au revoir.

— Prends soin de toi, Diablesse. Je sais que l’on se reverra…

Dehors, il faisait encore frais. Le ciel gris d’hiver donnait une ambiance particulière à ces lieux.Il ajusta le col de son manteau. Et commença à s’avancer vers la plage, au loin, les brumes semblaient être posées sur la mer. Il tourna une dernière fois la tête vers la maison de la diablesse. Celle-ci le regardait partir, puis tourna les talons pour retourner à l’intérieur. Il reprit sa marche calmement vers l’embarcadère. Un bateau l’attendait, ainsi qu’une silhouette. Une femme à la taille menue avec des cheveux courts patientait en regardant l’étendue d’eau. L’odeur de l’iode se faisait de plus en plus forte au fur et à mesure qu’il s’approchait. Les bruits de ses pas dans le sable firent tourner la tête de la femme en sa direction.

— Salut mon Clyde ! Je tenais à être là pour te dire au revoir. Dit-elle en lui adressant un petit sourire.

Il s’approcha d’elle, assez près afin qu’il plonge une dernière fois son regard dans le sien.

— Salut Bonnie. Je suis content que tu sois là. J’aurais aimé rester plus longtemps. Mais tu sais qu’ils sont à ma recherche.

Bonnie le stoppa en posant son doigt sur sa bouche.

— J’aurais aimé moi aussi. Mais c’est ainsi… Diablesse t’a donné le papier ?

Il sortit celui-ci de sa poche et le montra à Bonnie. Il était sur le point de le déplier afin de le lire, mais celle-ci l’en empêcha.

— Tu le liras quand tu seras en mer. Cela t’occupera un instant, je pense.

Ils restèrent un moment à se regarder dans les yeux. Une certaine émotion se faisait ressentir à cet instant. On aurait pu croire qu’ils allaient s’échanger un dernier baiser d’adieu, mais tous deux tournèrent la tête au même instant.

— Je dois y aller. Dit-il le dos tourné. Je sais que je te reverrai toi aussi, mais je sais également que tout sera différent entre nous.

—  Nous le savions tous les deux. Soupira-t-elle. Avant que tu partes, j’ai un cadeau à te faire.

Elle lui prit le poignet et passa autour de celui-ci un bracelet. C’était une cordelette avec une ancre de marine en guise de fermoir.

— Il te portera chance dans ton voyage. Tu l’enlèveras quand sera arrivé à ta destination. Tu auras ainsi jeté l’ancre.

Ce cadeau le toucha profondément.

— Mais pour l’instant, il faut que tu largues les amarres et que tu partes loin d’ici. Un long voyage t’attend mon Clyde.

Il répondit d’un signe de la tête, puis s’avança vers l’embarcation. Il s’y installa, détacha les cordes qui le retenait. Bonnie était encore là, faisant face à ce départ qui la touchait également. Il lui adressa un dernier baiser de sa main. L’embarcadère, la plage et la silhouette de Bonnie disparurent peu à peu. Il tendit la voile du mat afin de prendre de la vitesse. Il regarda une dernière fois derrière lui. Il n’y avait plus rien , tout avait disparu dans les brumes. Il inspira longuement, puis sortit le bout de papier que Diablesse lui avait donné et lu ce qui était inscrit :

«Les règles du Je :

1 – Ne pas faire marche arrière

2 – Ne pas faire demi-tour

3 – Ne pas vivre avec ses peurs

4 – Ne pas se mettre de limites

5 – Ne rien s’imposer

6 – Ne rien s’interdire »

Il se mit à sourire en repensant à Bonnie et Diablesse, puis il plongea la main dans la poche de sa veste afin de saisir son stylo. Il griffonna quelques lignes qu’il ajouta à la liste :

« 7 – Ne jamais refermer son cœur

8 – S’autoriser le plaisir et à être heureux »

Il replia le papier et le rangea avec le stylo dans la poche de son manteau. Les brumes commençaient à se dissiper. Les rayons du soleil réchauffèrent son visage, il regarda au loin. Plusieurs îles semblaient se dessiner au loin. Il allait y faire escale très certainement. Son voyage ne faisait que commencer et il savait où celui-ci allait le mener. Tout droit vers sa liberté…

Texte et photo : ©Stéphane Lvq – 30 décembre 2020

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