Les règles du « Je » – Le conseil

Jusque tard dans la nuit, Nilüfer avait raconté sa première rencontre avec Clyde. C’était lors de sa première évasion. Les trois femmes avaient écouté attentivement et posé pas mal de question afin de mieux comprendre la personnalité de cet homme. Chacune d’elles racontèrent ensuite comment elles l’avaient rencontré et ce qu’elles avaient vécu avec lui. Nilüfer souriait et rassura les trois femmes.

— Je vous rassure, Mesdames, nous avons bien connu le même homme, mais à des étapes différentes. Il a évolué, voilà tout. Voilà pourquoi nous avons la sensation qu’il était différent.

Toutes posèrent des questions, puis le sujet de Clyde s’estompa. Les quatre femmes parlèrent d’autres sujets. Puis, la fatigue d’une journée intense se faisant ressentir, Nilüfer apporta quelques couvertures afin que toutes puissent se reposer.

Les premiers rayons du soleil firent cligner les yeux de Clyde. Il n’avait pas fermé l’œil de la nuit et la fatigue commençait à se faire ressentir. Il avait envie de fermer les yeux et dormir quelques minutes, mais cela était impossible pour le moment. Il avait beaucoup pensé à Bonnie et Diablesse qu’il avait laissé derrière lui. Il espérait que Sakura les avait rejoins et qu’elles se trouvaient en sécurité auprès de Nilüfer. Régulièrement, il regardait le ciel. C’était désormais le seul moyen pour ses poursuivants d’aller a sa recherche. Il avait mobilisé toutes les embarcations libres de Charron forçant ainsi des négociations afin que les voies aériennes puissent être empruntées. Cela allait lui laisser un peu de temps, car aucun des deux camps n’avaient envie de le voir s’enfuir. Deux évasions de l’enfer, une de la cité de l’architecte et une autre des limbes, il connaissait les lieux sur le bout des doigts et en connaissait ses moindres secrets. Ils allaient trouver un terrain d’entente et très bientôt une nuée d’anges et de démons allaient partir a sa recherche. Si tout se passait comme il le désirait, tout le monde serait en sécurité avant même les premiers battements d’ailes.La vue d’une île au loin le fit sourire. Il continua sa navigation malgré la fatigue et pris le cap en sa direction.

Dans la salle du conseil, Gabriel s’amusait de voir Astaroth se confondre en excuse devant Lucifer. Celui-ci relata le marché entre Charron et Clyde, l’évasion des deux femmes.

— L’enfer n’est plus ce qu’il était, ironisa Gabriel.

— Vous pouvez parler, rétorqua Lucifer. Il me semble que les geôles de votre cité ne l’ont pas non plus retenu très longtemps. Et je ne parlerais pas de notre tentative commune de l’emprisonner dans les limbes. Je pense que vous êtes mal placé pour faire des remarques.

Gabriel ne baissa pas le regard. Il n’avait pas envie de baisser la tête devant le nouveau maître des lieux.

— Je disais simplement que du temps de Satan, les choses ne se seraient jamais passées ainsi, répondit l’archange.

— Satan est mort, tout comme votre architecte. Et nous savons tous les deux qui les a tués. Si cela venait à se savoir, vous savez très bien ce qu’il se passerait. Les piliers de notre monde s’effondreraient. C’est pour cela que nous devons trouver un terrain d’entente. Il ne doit pas arriver à retourner dans l’autre monde.

— Que proposez-vous concrètement ? Demanda Gabriel. Une alliance, c’est ça ?

Lucifer répondit d’un signe de tête.

— Nous n’avons pas le choix, reprit le seigneur des enfers.

— Vous savez comment cela s’est passé la dernière fois que nous avons fait alliance, ajouta l’archange. L’un des vôtres avait fait route vers notre cité et cela s’est mal fini.

— Cela n’arrivera pas cette fois-ci. J’y veillerais personnellement, coupa Astaroth.

— Difficile à croire de votre part, Astaroth. Je vous rappelle que c’est vous qui aviez pris la décision d’attaquer alors que nous étions alliés. Par votre acte, vous lui aviez permis de s’échapper.

Ce fut Astaroth qui baissa la tête. Il reconnut son erreur et se rappela des représailles que la conséquence de cet acte lui avait valu.

— Je pense que Astaroth a compris la leçon de la dernière fois, déclara Lucifer. N’est-ce pas Astaroth ?

— Oui, Monseigneur, répondit le général des enfers en s’inclinant devant le maître des enfers.

— Si Astaroth ou l’un de mes démons se détourne de son objectif, il aura affaire à moi. Je vous le garantis.

Gabriel resta un long moment à réfléchir. Il n’aimait pas faire affaire avec les démons, mais la situation était un cas de force majeure.

— Vous avez un plan ? Demanda l’archange.

— Oui, dit Astaroth en se relevant. Je propose que l’on se sépare en deux équipes. Une qui part à sa recherche et l’autre pour ses complices. Si nous arrivons à retrouver ces deux femmes, nous avons le moyen de faire pression sur lui.

— Il a de nombreux alliés dans les îles. Vous l’avez oublié ? Répondit sèchement Gabriel.

— C’est pour cela que nous avons besoin de tout ceux qui sont en mesure de voler, ajouta Lucifer.

— Vous savez également que cela implique un autre souci. Le pouvoir de voler implique les hauts-grades de chacun de nos deux peuples. Si ceux-ci sont obligés de partir, qui sera là pour faire régner l’ordre sur nos territoires. Je vous rappelle qu’il a également de nombreux partisans. N’avez-vous pas oublié ce qu’il s’est passé lors de la chute de Satan et de l’Architecte ?

— Ils lui ont prêté allégeance. Je m’en souviens très bien, grommela Lucifer. C’est en effet un risque que nous ne devons pas courir. Nous sommes bien face à un dilemme, car si nous baissons notre vigilance, le risque de révolte est bien là.

— Il y a peut-être un moyen, coupa Astaroth.

Gabriel et Lucifer se tournèrent vers lui.

— Que proposez-vous, mon ami ? Demanda le seigneur des enfers.

Astaroth regarda l’archange.

— Et si nous partions tous les deux à sa recherche. Seulement vous et moi. Si nous trouvons ses complices, nous pourrons les capturer et faire pression sur lui. Et si nous le trouvons lui…

— Nous l’éliminerons, ajouta l’archange.

L’embarcation arrivait près des côtes. Clyde manœuvrait entre les rochers. La fatigue s’était estompée, mais avait tout de même besoin de se reposer. Sur la plage, une femme l’attendait. Elle regardait le bateau accoster et son navigateur qui jetait la corde afin de l’arrimer. Elle s’approcha lentement, Clyde venait à sa rencontre. Il avait le regard fatigué et sa démarche montrait qu’il avait besoin de repos.

— Tu as l’air fatigué, lança la femme.

Clyde ne répondit que d’un sourire. Le regard espiègle de Clarita qu’il eut en réponse le fit éclater de rire.

— Je suis heureux de te revoir, Clarita.

— Tu en as mis du temps, je pensais que tu m’avais oubliée, dit-elle ironiquement.

— Comment pourrais-je oublier la dame de carreau ? Répondit-il. Je devais préparer une issue pour Diablesse et Bonnie. Elles étaient en danger si elles restaient là-bas. Je devais les mettre en sécurité.

Clarita répondit d’un sourire et passa la main sur la joue de Clyde.

— Tu dois te reposer pour le moment. Je t’ai préparé un repas ainsi qu’un endroit où dormir.

Pendant que Clyde suivait celle qui appelait la dame de carreau. Bonnie s’éveillait dans le coin qu’avait aménagé Nilüfer. À côté d’elle, Diablesse dormait encore à poings fermés. Bonnie chercha du regard Sakura, mais la couverture de celle-ci était vide. Bonnie se dirigea vers la maison de Nilüfer. Celle-ci était réveillée.

— Bonjour, lança l’hôtesse. Vous avez pu vous reposer ?

— Oui, je vous remercie. J’ai très bien dormi pour ma part. Avez-vous vu Sakura ? Je me suis réveillée, et celle-ci n’était plus là.

Nilüfer répondit que non et continua ses occupations matinales.

— Elle a dû faire un tour sur la plage.

Bonnie suivi le conseil et se dirigea dans cette direction. Lorsqu’elle arriva vers l’endroit où elles avaient débarqué la veille, son sang se figea. Le bateau avait disparu, un mot avait été laissé sous une pierre ainsi que la carte de Clyde avait laissé à Sakura.

«  Je suis désolée, je dois retourner sur mon île. C’est ce qui était prévu. Dites à Clyde que j’ai rempli ma part du contrat — Sakura »

Bonnie prit ensuite la carte de Sakura, le dessin s’estompa progressivement jusqu’a que la carte devienne blanche. Bonnie resta un moment à regarder cette carte qui était devenue vierge. Elle se mit à courir vers la maison. Diablesse venait tout juste de se réveiller et était en train de siroter le café que Nilüfer lui avait préparé. Bonnie annonça la nouvelle et raconta ce qu’il s’était passé avec la carte de Sakura.

— C’est ce qu’il se passe lorsque l’on quitte le jeu. Une autre dame de trèfle verra le jour, mais pour le moment, il me semble que vous voudriez en savoir plus sur le jeu en lui-même.

Diablesse et Bonnie répondirent d’un signe de tête.

— Je ne suis pas seule sur cette île. Un peu plus loin, il y a un temple. C’est là que vivent les deux gardiens. Ils sauront mieux vous répondre que moi sur la nature de ce jeu.

Tandis que Diablesse se resservit une tasse de café, Nilüfer rentra dans la maison et ressortit avec un livre dans la main. Elle le tendit à Bonnie.

— C’est son ancien journal. Il me l’a laissé et il n’en existe qu’un seul exemplaire. Cela raconte la première fois qu’il s’est évadé.

Bonnie ouvrit le livre, sur la page de garde, elle reconnut l’écriture de Clyde.

« Règle n°13 : Observer, écouter afin de comprendre. Et surtout, ne jamais rien oublier »

©Stéphane Lvq – 24 janvier 2021

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