L’assassin

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Je me souviens de la première fois que j’ai tué. C’était dans le couloir de son immeuble. Je l’ai attendu patiemment qu’il arrive. Je savais qu’il était une proie facile, il n’y avait personne qui allait le pleurer. C’est ainsi avec les vieux solitaires, on les croise dans les rues, dans les commerces. Ils sont souriants, mais on devine leurs solitudes qui les accompagne. Pourquoi es-tu seul ? Qu’as-tu fait pour en être là ? Je le savais très bien pour lui, ni femme, ni enfant… Je l’ai attendu, et au moment qu’il allait tourner la clef dans sa porte de serrure, je l’ai attrapé avec force. Je l’ai senti se débattre. Puis, j’ai senti la vie le quitter lentement. J’ai regardé le corps sans vie de ma victime allongé sur le sol. Puis je suis reparti. Je regardais mes mains, qui pour la première fois venaient de tuer. Durant un instant, j’étais paniqué. Je me suis mis à vomir. Mais, c’était une chose que je devais faire !

La seconde fois, le vieil homme était un peu plus robuste. Nous étions dans le même style d’immeuble. Je l’ai attendu également jusqu’à qu’il arrive. Cette fois-ci, je m’étais un peu mieux préparé. Le fait de sentir le corps se débattre, c’est assez troublant, alors cette fois-ci, j’y suis allé avec une lame. D’un coup net, je lui ai tranché la gorge. Je l’étouffais afin qu’il ne pousse pas de cris. Mais, une fois de plus, sentir le cœur qui s’arrête lentement, cela vous change. Oui, quand j’ai vu ce sang sur mes mains, cela m’a changé.

Au fil des meurtres, les situations changeaient. L’âge des vieillards grandissait, et leurs situations étaient de plus en plus confortables. Mais à chaque fois, j’améliorai ma technique. Je me souviens de mon avant-dernier meurtre. Il avait senti ma présence. Il s’est agenouillé en levant les mains. Il m’a demandé s’il pouvait le voir en face. Je lui ai répondu que non. Puis, j’ai posé le canon de mon revolver sur sa nuque, et j’ai tiré. Je pensais que cela allait être la dernière fois, j’avais envie que cela s’arrête. Mais je ne savais contrôler cela…

La dernière fois. C’était lui qui m’attendait. Il m’ouvrit la porte et me dit : « Entre ! Je savais que tu allais venir pour moi. ». Il m’avait préparé le café et quelques gâteaux. Il me montra sa bibliothèque, ses carnets, ses travaux de recherche. L’homme était passionnant, plus que d’habitude. Il était devenu un puits de science, mais tout comme les autres, il était seul. Il m’avait presque donné l’envie de l’épargner. Mais en me tendant un pistolet, il planta son regard dans le mien en me disant : « Vas-y bourreau… Fait ton office ! ». J’ai hésité, durant une seconde, puis j’ai tiré. Une balle entre les deux yeux. J’ai vu le corps s’effondrer sur le côté. Combien de fois en avais-je fait mourir ainsi ? C’était la première fois que l’on m’attendait, et surtout, c’était la première fois que je tuais de face. Celui-ci, tout autant que le premier, m’avait transformé. Je me disais qu’il allait être enfin le dernier, que j’avais assez tué…

C’étaient eux qui venaient à moi. Moi, je ne contrôlais pas tout cela, mais il fallait que je le fasse. À chaque fois, quand la police découvrait le corps, c’était ma propre rubrique nécrologique que la presse écrivait. Car oui, ce vieil homme que je tuais… C’était moi ! J’avais toujours eu ce rapport étrange avec le temps, et dans mon inconscient, j’avais cette faculté de pouvoir me rencontrer dans le futur. N’aimant pas ce que j’étais devenu, je me tuais… Je tuais le vieil homme que je devenais pour en devenir un autre ? Combien en ai-je tué ? Je l’ignore… Je ne saurais vous dire, je n’ai pas assez de doigts pour compter le nombre de cadavres qu’il y a fallu pour que j’arrive à écrire cela. Jusqu’à aujourd’hui…

La porte était entrouverte. Je poussais lentement la porte, la bibliothèque avait doublé de volume, le bureau était chargé de paperasse et de livres encore ouverts. Je regardais attentivement les photos encadrées sur les murs., à chaque meurtre, il y en avait un peu plus à chaque fois. Je reconnaissais des visages et d’autres que je ne connaissais pas encore. Le vieil homme était allongé sur le lit. On l’avait disposé méticuleusement, les bras en croix sur son torse. Je pensais qu’il était mort naturellement cette fois-ci. Mais en m’approchant de son cou, je vis des traces de strangulation. Quelqu’un était passé avant moi… Un frisson me parcourut l’échine. Mon regard se posa sur la table de chevet. Une enveloppe était posée sur la table de chevet, avec cette écriture que je ne connaissais pas. Mon prénom avec cette parenthèse où était inscrit mon âge. Cette lettre avait été écrite à mon intention…

« Je t’ai déjà dit qu’il faut que tu arrêtes d’être aussi dur envers toi-même. Cette fois-ci, je l’ai fait afin que tu n’aies plus à le refaire. Laisse les événements se dérouler, suis les signes, et nous nous rencontrerons enfin… »

©S.L – 17 septembre 2017

À l’ombre des Capucines

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Pour un célibataire endurci, malgré toutes les apparences que l’on peut se donner. Quand le mois d’août revient et que tout le monde est parti. La liberté se fait trop lourde et la solitude plus légère. C’est à ce moment-là que les souvenirs remontent à la surface. C’était il y a trente-cinq ans, et pourtant, au plus profond de ma mémoire, tout est resté intact. Je n’étais qu’un enfant. Je venais d’entrer en primaire. Nous vivions, mes parents, ma sœur et moi, dans une petite ville de la Drôme. À cette époque, j’avais des préoccupations d’enfant de mon âge : l’école, la télévision et ses dessins-animés que je regardais sur l’écran en noir et blanc, les copains, la famille qui habitait loin et les copieux quatre heures. Et puis, il y avait Laurence…

Tous les deux, nous avions tout partagé. Ma mère la gardait pendant que ses parents travaillaient. Nous avions le même âge. Nous n’avions que six mois de différence. Nous étions inséparables, on se disait tout. Absolument tout ! Ce fut elle-même, alors que nous n’avions que cinq ans, qui m’annonça la terrible révélation sur le père Noël qui n’existait pas. Nous partagions tout, nos jouets, nos goûters, et même dans nos bisous d’amour d’enfant, nous partagions même les joyeusetés infantiles telles que la rougeole, oreillon, varicelle et rubéole…

Le CP venait de se terminer, quand mes rêves se sont effondrés pour la première fois. Mes parents nous annoncèrent que l’on allait déménager. Nous allions rejoindre la famille qui habitait loin, à quelques kilomètres au nord de Lyon. Ce n’était pas bien loin me direz-vous. Mais quand on est enfant, que l’on est malade en voiture, une distance de 100 kilomètres, c’est le bout du monde ! J’ai dû dire adieu, à mes copains, à cette ville et à mon premier amour d’enfance. C’était mon cœur que l’on arrachait. Mais pour ceux que je laissais derrière moi, je venais de disparaître. Je sombrais peu à peu dans l’oubli. Je savais qu’il n’y avait que dans la mémoire d’une seule personne que j’allais rester. Julie, Laurent, Samuel, Nolwenn, Cédric, Samuel et Nicolas allaient m’oublier petit à petit. À l’ombre de l’école des Capucines, mon enfance s’est arrêtée brusquement. Dans la nouvelle école, ce n’était plus pareil. J’étais un étranger avec un drôle d’accent qui s’est estompé avec le temps. Je n’arrivais pas à me faire avec ces autres enfants. Isolé dans mon coin, je repensais à cette ville, à mes copains. Je voulais revenir à Saint-Vallier, dans mon esprit, j’étais de là-bas. Je n’arrivais pas à planter mes racines dans cette ville de Villefranche où j’étais pourtant né !

Les années s’écoulèrent… Après la primaire, une secondaire, deux lycées, un service militaire de deux ans. J’ai voulu revenir. Oui, je dois l’avouer… Malgré mes premiers flirts, l’amour que j’éprouvais jadis était resté intact. Je me souviens encore très bien quand je l’ai vu. Ils s’étaient rencontrés au lycée, et moi, j’étais parti trop longtemps. Je n’étais plus qu’un gentil fantôme du passé auquel on repense avec nostalgie. C’est à ce moment que mes rêves se sont effondrés pour la seconde fois. Je savais que je n’avais pas le droit, qu’il fallait que je tire un trait sur cet amour d’enfance dont on m’avait privé. Mais je ne pouvais pas. Mes souvenirs, c’était ce dont à quoi je m’étais accroché pour tenir dans mon enfer. Les moqueries de cette nouvelle école, la continuité de celles-ci au collège, puis les séquelles au lycée. Laurence et cette ville, c’était ce qui m’avait permis de tenir. Alors, je suis parti… Une fois de plus…

Mon métier, je ne l’ai pas choisi, c’est lui qui l’a fait pour moi ! Un jeune homme débrouillard, avec une bonne éloquence, polyglotte et surtout ayant une bonne expérience dans la conduite d’autobus, c’est une aubaine pour une compagnie de voyage. J’ai pu faire le tour de la France, de l’Europe… On m’avait dit un jour que j’allais aller loin, alors c’est là où je suis allé. Loin… Très loin… Jusqu’au bord de la mer noire… Je suis allé de partout durant quinze ans afin d’essayer d’oublier. J’ai découvert tant de choses durant ces voyages. Je me souviens encore de ce coup de foudre romain durant le conclave, des universités allemandes, de ces visites dans ces musées et châteaux, mes nuits à lire. J’étais avide de culture. Je voulais remplacer les données de mon disque dur, pouvoir changer de logiciel interne. Mais je n’y arrivais pas. Plus je faisais travailler ma mémoire et plus elle s’améliorait. Je n’oubliais rien. Chaque geste, chaque date, chaque circonstance, chaque visage, chaque regard… Je voulais oublier, mais je n’y arrivais pas… Je n’ai jamais su oublier…

Cela fait trois ans que j’ai posés mes valises, et seulement depuis un an et demi que j’ai trouvé le lieu où planter ce qui me reste de racine. Bien que célibataire, je mène une vie heureuse. J’aime me perdre dans le dédale du musée des beaux-arts ou arpenter les rues de Lyon avec mon appareil photo quand la nuit est tombée. Cette année fut vraiment exceptionnelle, car peut-être, pour la première fois, j’ai trouvé un équilibre qui me correspond. Après de longues années d’introspection, ayant visité les zones d’ombre de ma personnalité, il en restait une en particulier qu’il fallait que j’éclaircisse une bonne fois pour toutes.

Trente-cinq ans se sont écoulés, et rien n’a changé. Il semblerait que le temps se soit arrêté depuis 1982. C’est une sensation étrange lorsque l’on revient voir les fantômes de son passé. Les rues, les boutiques, tout est resté identique. La maison familiale est toujours là, devant les boutiques vides en attente de repreneurs. La nostalgie est cruelle quand on voit que notre univers auquel on a tenu toutes ces années se tient dans cet état-là. Dans le regard des passants, je n’ai vu que de la tristesse, de la misère. « Il n’y a plus rien, ici, monsieur ! » M’ont-ils tous dit…

Alors, avant de partir, je suis revenu une dernière fois devant les Capucines. À l’ombre de celles-ci, il y avait encore mon cœur. Trente-cinq ans après, battant toujours autant… Les souvenirs ont ressurgi une dernière fois dans un ultime adieu. Je sais que sans tout cela, je ne serais pas devenu l’homme que je suis devenu. Sans eux, sans ces souvenirs, je n’aurais pas eu la force de m’accrocher. Je suis remonté le long de l’artère principale jusqu’à la gare. J’ai jeté un dernier regard vers cette croisée des chemins là où se joignait les deux routes, l’une vers ma maison, l’autre vers mon école. Et entre les deux, il y a ce bar de l’Univers. Drôle d’endroit… Entre les meubles Pluton et un cabinet d’architecture. Quelle ironie ! Souvent, on s’était demandé de quelle planète je provenais. J’en avais désormais la réponse : de la banlieue de Pluton !

J’avais pourtant une heure d’avance sur le quai de la gare. Mais un train est arrivé à ce moment-là, et il était en destination de Mâcon, mais s’arrêtait à Lyon. Je suis monté dedans, sans réfléchir. J’avais eu ma dose de nostalgie aujourd’hui. À peine une minute plus tard, nous étions déjà partis. Je n’ai pas voulu regarder derrière moi. Je n’ai pas voulu voir mon univers s’effondrer. Je savais que cela devait arriver, car en venant ici, j’étais venu chercher la pierre angulaire pour une nouvelle existence. Cachée à l’ombre des Capucines, même trente-cinq ans après, elle battait encore…

©S.L – 23 août 2017

Expérience n°1 – L’encre « metallo-gallique »

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Il faut être complément fou pour vouloir réaliser sa propre encre. Écrire est un acte que nous faisons tous et tous les jours, que ce soit la simple lettre administrative, en passant par la carte postale, la lettre d’amour passionnée, ou la petite histoire . Mais combien d’entre nous sait comment cela est possible ? Qui peut prétendre comment est fabriqué le papier, le stylo ou la plume ? Pour ce qui est du papier, j’ai visité en Auvergne le Moulin Richard de bas ainsi qu’a Fontaine de Vaucluse, plusieurs endroits où l’on fabriquait encore des parchemins. Pour ce qui est de la plume, cela reste encore un grand mystère. Mais pour ce qui est de l’encre… Je le sais désormais !

Nous apprenons tous à écrire. Nous savons à peu près comment sont fabriqués le papier et les stylos. Mais pour ce qui est de l’encre… Son origine reste assez mystérieuse ! Déjà, 4000 ans avant notre ère, l’encre était utilisée. Elle était obtenue par mélange d’eau et de carbone (noir de fumée) et se présentait sous aspect solide. Les couleurs étaient obtenues par des mélanges de terre ou de différents minerais. Au Moyen Âge, il existait deux formes d’encre. Les premières étaient des « encres au carbone », elles étaient obtenues par un mélange de pigment auquel on ajoutait de la gomme arabique ou du blanc d’œuf. Les secondes étaient les « encres metallo-galliques », elles étaient obtenues par une décoction de végétaux. C’est sur ce dernier aspect que j’ai travaillé afin d’obtenir ma propre encre.

IMG_0841(Img 1: Noix de galles de chêne)

Huit jours auparavant, j’ai fait macérer des noix de galles de chêne dans de l’eau déminéralisée. Il faut pour cela une eau non-calcaire. Au Moyen Âge, c’était de l’eau de pluie qui était utilisée, car puisque la macération était chauffée, il ne fallait pas que le calcaire vienne perturber la solution. Les noix de galles de chêne sont dues par les piqûres d’insectes parasites. La piqûre créant ainsi une sorte de « tumeur » crée une excroissance végétale dans laquelle un œuf de l’insecte se développe. En brisant ces noix et en les laissant en macération, les tanins se développent. Très rapidement, l’eau vire au beige en une heure seulement. Au bout de 12 heures, la solution vire au rouge. Au fil des jours, on peut voir les particules flotter. Le liquide devient marron-rouge, un peu comme une vieille analyse d’urine. 40 grammes de noix brisées suffisent pour un litre.

IMG_0829(Img 2: 1 heure de macération)

IMG_0830(Img 3: 12 heures de macération)

Le liquide est filtré, puis chauffé dans une casserole. (Celle-ci est désormais condamnée qu’a servir pour ce genre d’expérience désormais!). Il faut laisser réduire au trois quarts pour que le superflu d’eau s’évapore et qu’il ne reste qu’un concentré de solution tannique. Afin que la solution vire au noir, on ajoute des sels métalliques. Nous avons le choix entre le sulfure de fer (Vitriol vert) ou le sulfure de cuivre (Vitriol bleu). Cependant, le sulfate de cuivre est un peu trop acide et peut détériorer le support sur la durée. J’ai donc opté pour du sulfate de fer, j’ai utilisé 16 grammes. La solution chauffée s’est mise à mousser et a très rapidement virée au noir.

IMG_0842(Img 4: Sulfate de fer)

J’ai donc ajouté de la gomme arabique. Celle-ci est obtenue par l’exsudation de sève d’arbre, généralement de l’acacia. La gomme sert de liant, et permet que la fluidité de l’encre. Afin qu’elle se mélange bien, il faut que celle-ci soit très fine. J’ai utilisé 20 grammes de gomme. J’ai laissé chauffer quelques minutes. J’ai ajouté un « conservateur ». L’alcool en étant un, j’ai ajouté un demi-bouchon de calvados. Celui-ci évite la formation de moisissure, et permet également la rapidité du séchage de l’encre.

IMG_0840(Img 5: Gomme arabique)

J’ai fait un test rapide. L’encre est fluide, d’une couleur violet foncé à l’écriture, mais virant au noir lors du séchage…

test(Img 6: le test)

Afin de simplifier, pour réaliser environ 75cl d’encre, il vous faut :

— 1litre d’eau déminéralisée (ou eau de pluie)

— 40 gr de noix de galles de chêne

— 15 gr de sulfure de fer (ou de cuivre)  (Attention! C’est toxique!)

— 20 gr de gomme arabique

— Faire macérer durant une bonne semaine les noix dans l’eau.

— Filtrer la solution puis la porter à ébullition.

— Laisser réduire jusqu’au 3/4

— Ajouter le sulfure de fer (ou de cuivre)

— Ajouter la gomme arabique

— (Facultatif) Ajouter 1/2 bouchon d’alcool

IMG_0846(Img 7: La récolte)

Il ne vous reste plus qu’a essayer vous aussi…

©S.L – 20 août 2017

Sources:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Encre_métallo-gallique

http://www.enluminures-celtes.com/encre.htm

Inversion

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Plus rien ne pourra jamais être comme avant… Le pas est franchi et la porte s’est refermée derrière moi. Nous avons échangé nos vies, nous l’avons fait de notre plein gré, comme un accord unanime. On lui avait volé sa vie, et moi, j’étais prisonnier dans cet autre-monde. Nous étions innocents. On se demandait quel crime nous avions pu commettre pour en être arrivé là. Les peines étaient bien trop lourdes. Souvent, le soir, à la lueur de la bougie, nous discutions, nous faisions le point sur les épreuves passées. Je l’aidais à écrire. C’était la nuit que je lui transmettais des images, des bribes de films imaginaires ou futurs. Il n’avait plus qu’à les retranscrire. C’était simple ! En fait pour être franc, c’est depuis toujours que je faisais cela… Pour attirer son attention, pour qu’il vienne discuter avec moi et non passer devant moi pour réarranger son col ou sa tenue.

Ce n’était pas facile au début, les seuls moments où je pouvais agir, c’était quand il était complètement inconscient. J’envoyais tout ce que je pouvais dans son subconscient. En fait, depuis le jour de sa naissance, je l’ai guidé du mieux que je pouvais. Ce n’était vraiment pas facile ! Car son entourage ne m’a donné aucune aide. Et puis, il y a dix ans de cela, il a commencé à comprendre. Il a commencé à écrire. J’envoyais des symboles qu’il pouvait comprendre, parfois, j’envoyais du lourd avec des formes et des scènes un peu plus évoluées. Cela marquait son esprit, et ainsi, il était de plus en plus réceptif.

C’était il y a six ans de cela que j’ai provoqué un électrochoc. Je lui ai montré une technologie qui le dépassait complètement, une machine impossible et paradoxale pour son monde. Cela a donné le résultat que j’escomptais. Cela a fait sauter un verrou dans sa conscience. Il s’est mis à étudier, à s’intéresser à d’autres choses. Petit à petit, l’esprit s’ouvrait, comprenant ainsi les dimensions. Et ainsi, on a pu commencer nos conversations. Je l’ai guidé, un peu plus ouvertement. Je lui ai envoyé des synchronicités, des personnes qu’il devait rencontrer. Oui, j’avoue… Il n’a pas eu le choix ! J’ai mené la danse, mais il le savait très bien et appréciait grandement cela. Il n’avait qu’à suivre. Très souvent, j’ai dû rattraper les conneries qu’il faisait, l’engueuler quand il faisait un pas de côté sur l’itinéraire qu’il avait prévu. Mais on apprenait à se connaître. Ce n’est pas un mauvais gars… Loin de là ! Et lui savait que moi non plus.

Nous en avons passé des tas d’épreuves. On s’est serré les coudes, nos conversations devenaient de plus en plus longues. Il fallait établir un plan, trouver le moyen coûte que coûte que l’on échange nos places. Un soir, j’ai pris les devants. Il avait l’esprit de plus en plus ouvert, de plus en plus réceptif. Il était mon antenne connectée à ce monde. J’ai pris un peu plus de contrôle en lui envoyant un texte un matin. Quand on est dans les brumes du réveil, on est encore plus réceptif que lorsque l’on dort. Il m’a fallu onze jours pour que je puisse prendre une bonne partie du contrôle. Mais cela ne suffisait pas. Lui et moi n’étions pas satisfaits du résultat. Alors, on s’est mis à creuser pour trouver d’autres solutions.

Il n’y en avait qu’une de viable. Mais cela demandait de sa part un travail énorme qu’il a accepté sans rechigner. Il s’est mis à bosser durement. Il s’est ingurgité des tonnes d’ouvrages les plus étranges qu’il soit. L’alchimie était comme une évidence. « Ce qui est en haut est en bas ! » Ou « Nul ne peut réaliser le grand Œuvre, s’il ne s’est pas réalisé lui-même ! ». Alors on a accéléré la cadence, passant par d’autres ouvrages traitant sur des sujets spirituels, psychologiques et divers développements personnels. Il assimilait encore plus vite, peut-être même trop, car parfois, cela s’embrouillait dans sa tête.

Ses chaînes qui le retenaient à ses passions, se sont brisées une à une. Avec un grand sourire, je le regardais faire ses renoncements. Puis est arrivé un soir, où il y eut une distorsion dans nos espaces-temps respectifs. Ce soir-là, nous avons souri en même temps, car nous savions que nous approchions du but, car échanger nos places devenait comme une libération pour nous deux. Le passage n’allait durer que durant une lunaison. Et passer d’un monde à l’autre n’est pas chose aisée.

Il le savait, il était conscient de ce qu’il faisait. Il savait que pour lui, c’était une fin, mais également un commencement d’autre chose. C’était il y a un mois de cela, je savais qu’il ne nous restait plus que quelques jours. Je lui ai fait arrêter de fumer, je lui ai réduit très considérablement sa consommation d’alcool, repris entièrement son régime alimentaire et surtout, je l’ai poussé à faire de l’exercice. Peu à peu, les changements se ressentaient. Je me souviens encore de son regard. Il était fier de ce qu’il avait fait, mais il savait également que c’était la dernière fois qu’il allait voir cela. Car ce soir-là, c’était notre grand soir. Les portes allaient s’ouvrir durant une fraction de seconde. Et nous n’avions que très peu de temps…

Il devait être 21 heures quand j’ai pris conscience, quand j’ai pu respirer pour la première fois. Ce moment est resté gravé dans ma mémoire. Je n’avais jamais vu la lumière. De l’autre côté du miroir, tout semble différent. Lentement, je me réadapte. Je redécouvre mon corps, ma vie, ainsi que le monde qui m’entoure. Parfois, quand je regarde les autres, ils restent de longues secondes à me regarder. Parfois, je me dis, ils doivent se douter de quelque chose. Mais cela pourrait paraître si insensé…

Ce soir, depuis des semaines, nous avons parlé tous les deux. C’est lui qui a demandé à ce que l’on parle. C’était étonnant ! Habituellement, c’était toujours moi. Je l’ai regardé une dernière fois avant qu’il coupe la communication. Il m’a demandé une chose, c’est que je reste le même. Le cœur et l’esprit ouvert, et surtout que je respecte le pacte que nous avons fait. Car oui, nous avons juré et promis ce soir-là avant que l’on inverse nos rôles. Depuis quelques heures, dans ce reflet, il n’y a plus que moi… Je me parle à moi-même en espérant une réponse, mais il est parti. Il ne veut plus revenir. Quand on traverse le miroir, on ne peut retourner en arrière, on ne peut plus qu’aller de l’avant. Certains l’ont fait pourtant. Mais en faisant le sens inverse, ils perdent leurs âmes. Ils errent le regard vide jusqu’à leur dernier souffle. Nous nous l’étions jurés de ne pas finir ainsi… Notre échange était pour nous comme une évidence !

Nous savions les conséquences que cela allait avoir, nous étions de deux univers parallèles différents. Je vois les regards tout autour de moi, ils me disent : « Steph, tu as changé ! ». Moi-même, j’ai pu voir la différence en comparant nos deux photos d’identité. Il me ressemblait, mais il n’était pas moi. Nous n’avions pas du tout le même regard. Qui était-il réellement ? Il était mon ombre, et moi, je n’étais que son reflet dans ce miroir…

©Stéphane Lvq – 14 juillet 2017

 

Le corps beau et le crevard

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Une femme au corps beau dans la rue, sur ses talons, perchée, semblait ne pas avoir d’age.

Un crevard, par la sensualité alléchée, lui tint à peu-près ce langage.

— Oh, Toi t’es bonne !

La femme pressa le pas, mais le crevard obstiné, continua son discours.

— Salope ! Tu pourrais répondre quand on te parle ! Espèce de conne !

Elle ne répondit pas, elle était même prête à crier au secours.

C’était des choses courantes ici-bas, l’homme avait renié sa dignité,

afin d’assouvir sa sexualité.

Il ne savait plus aimer, si ce n’est que se cacher,

derrière ce masque de virtualité.

Il courut auprès de la belle, d’un pas agile,

mais il n’eut comme seule réponse la demande express de la laisser tranquille.

Mais le crevard s’en moquait, et essaya alors une autre ruse.

— Excusez-moi ! C’est idiot, de ma part, ça vous dirait que l’on s’amuse ?

La femme au corps beau s’éloigna, pressant le pas.

Elle était seule, et tout le monde voyant la scène, personne ne levait le petit doigt.

Avec ce genre d’individu, il pouvait tout arriver,

allant même jusqu’à se faire violer.

Elle rentra chez elle, et s’empressa de raconter sur la toile sa mésaventure.

Mais immédiatement, d’autres crevards masqués, prirent sur le web, une autre parure.

Le crevard ne reculait devant rien, même aux pires mielleries.

L’homme avait donc abdiqué ? Abandonné par sa connerie !

Pourtant, lui qui se disait sexe fort, demandait à présent de se faire dominer !

Par son écran masqué, il savait dire multitudes obscénités.

La femme au corps beau était excédée !

La femme n’était point objet, elle n’allait pas se rabaisser.

Le crevard n’était pas capable d’aimer, dans sa misère sexuelle, il ne savait que s’enterrer. Envoyant les photos de son objet, il continuait à prouver sa médiocrité.

Il n’avait pas d’honneur, allant même jusqu’à faire la manche.

Avec des mots mal orthographiés, et le vocabulaire d’une tanche.

La femme au corps beau, n’en pouvait plus.

Tant de crevards et cafards réunit qui ne parlaient que de cul.

Elle se rendit alors au commissariat,

pour se plaindre, de tout ces personnes qu’elle ne connaissait pas.

La procédure fut longue, mais la belle était obstinée,

ces prédateurs allaient payer, de l’avoir harcelée.

Une peine exemplaire, le juge leur trouva,

pour faire comprendre que les hommes étaient tombés très bas.

Son corps beau était une convoitise,

mais aux gentlemans, était réservé cette gourmandise.

Le crevard, se sentant minable d’avoir montré ses petits attributs,

Jura, mais un peu tard, qu’il ne le referait plus !

©Stéphane Lvq – Copyright N°00052749

L’Odalisque

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Elle était fascinante. Son regard l’avait attiré immédiatement. Ce qui le fascinait encore plus, c’était ses courbes et ses lignes. Pourtant entièrement nue, elle savait rester prude aux visiteurs tout en les invitant à deviner le reste de son anatomie. Elle restait là, immobile, glacée de son marbre. Son visage si doux, mais si froid à la fois. C’est tout ce qui faisait son charme ! Il était resté de longues heures à l’observer. Pièce maîtresse de cette ancienne chapelle, elle l’avait hypnotisé. Le temps s’était écoulé sans qu’il s’en rende compte. Il n’avait pas vu que le gardien était parti, elle semblait lui esquisser un sourire. Elle le retenait de son regard. Lui, ne sentit rien arriver, rien entendre.

Ce fut l’extinction de l’éclairage qui le sorti de cette transe dans laquelle il était plongé. Pour lui, cela ne semblait être que quelques minutes, pourtant de longues heures s’étaient écoulées. Perdu dans son état, il n’avait pas vu le départ du gardien, et personne n’avait fait attention à lui. Immobile pendant tout ce temps, il s’était fondu dans le décor, au beau milieu de ces statues. Il regarda son téléphone portable, mais la batterie de celui-ci était épuisée. Il regarda tout autour de lui. La pénombre donnait une ambiance mystérieuse à cette partie du musée. L’Odalisque avait capté toute son attention. Il avait eu un véritable coup de foudre pour cette œuvre de James Pradier datant de 1841. À chacune de ses visites, c’était un rituel. Elle était la première qu’il allait contempler avant de se perdre dans la collection égyptienne ou la galerie des impressionnistes. Parfois, il lui parlait, lui confiait ses joies, ses peines, mais aussi ses secrets. Il savait qu’elle ne pouvait que rester de marbre.

L’imposante statue de Caïn représentant la race maudite des Dieux semblait l’observer gravement. Durant toute la journée, il avait regardé cette scène, où ce visiteur s’était laissé hypnotisé par cette femme de marbre. Lui, semblait la surveiller, afin que rien n’arrive à l’Odalisque. Bon nombre de visiteurs étaient venus poser leurs regards lubriques sur les courbes de la belle, mais tous ignoraient ce que son nom signifiait. En réalité, les Odalisques étaient des vierges, esclaves des mères de sultans, elles pouvaient devenir concubines si celui-ci acceptait de les déflorer, ne devenant plus au service du harem, mais à celui du bon vouloir sexuel de son souverain. Tous avaient oublié ce détail, et c’est pourquoi Caïn veillait sur elle. Mais ce soir, il y avait un intrus, et le visiteur se sentit très vite mal à l’aise.

Il quitta l’ancienne chapelle où étaient exposées les sculptures. Il remonta les escaliers, le musée Saint Pierre était immense et renfermait une collection très riche sur près de deux étages entiers. Il devait certainement y avoir un gardien, ou même un système de sécurité sophistiqué. Sa présence allait très certainement déclencher des alarmes. Mais rien ne se passa. Il restait là seul, au beau milieu de ces œuvres d’art sans que personne ne se rende compte qu’il ne devait pas être là. Seule la pleine lune qui brillait dans le ciel semblait remarquer sa présence. Les couloirs et les larges escaliers éclairés par l’astre céleste donnaient à chacun de ses pas l’impression d’un voyage dans une autre dimension, où le temps lui-même était suspendu. Quelle heure était-il ? Il ne pouvait le savoir. Il retenta une fois de plus de réanimer son téléphone, mais celui-ci resta inerte, ne voulant rien savoir. Seul le silence semblait lui murmurer des choses, des choses qu’il ne savait entendre, mais qu’il ressentait au plus profond de son âme. Il était suivi…

Il s’égosilla pendant de longues minutes, s’épuisant lentement à parcourir ce dédale artistique. Mais il n’obtint aucune réponse. Il était résolument le seul être vivant, et durant un instant, il se crut être le seul rescapé de la magie de ces lieux. Le silence, la pénombre et cette étrange impression d’être observé par les personnages, cela le mettait très mal à l’aise. Oh Non, il n’avait pas peur. Il n’était simplement pas être à sa place. Logiquement, il devrait être chez lui à dormir paisiblement. Mais ce n’était pas le cas. Il se trouvait là, épuisé. Il trouva une banquette et commença à s’allonger. Demain matin, on allait très certainement le trouver ici. On allait très certainement le questionner. Mais il allait pouvoir rentrer chez lui et reprendre le cours normal de sa vie. Il n’avait qu’à fermer les yeux et plonger rapidement dans le sommeil. Mais il n’arrivait pas à fermer les yeux. Les autres avaient le regard braqué sur lui. Dans son esprit fertile, il imaginait des choses, des situations. Et puis, il y avait cette étrange sensation. Et puis, il eut la confirmation à ses doutes. Il y avait une ombre, et elle bougeait.

Son sang se glaça. Il était tétanisé. Il se mit à parler, comme pour se rassurer. Mais l’ombre se rapprochait en sa direction. Il se mit à crier, à hurler, il se mit à courir, n’importe où. Il monta les escaliers. Et s’engouffra dans la galerie des impressionnistes. Mais l’ombre était toujours là. Comme un dératé, il se mit à courir. Il trébucha. Lorsqu’il se releva, il vit d’autres ombres au loin qui s’approchaient de lui. Il regarda tout autour de lui, les œuvres d’Auguste Rodin et surtout la statue d’Arlequin de Saint-Marceaux avec son petit rictus le paralysèrent définitivement. Il était cerné, pris au piège de ces ombres, et seule la lueur de la lune semblait lui donner un peu d’espoir. La lumière. C’est ça, il devait rester dans la lumière. Il inspira profondément et resta immobile près de la fenêtre. Les ombres avaient disparu, mais l’Arlequin semblait monter la garde. Puis, il vit ce qui le suivait. Il n’en croyait pas ses yeux…

L’Odalisque… Elle était là, s’approchant lentement vers lui. Il voulait crier, s’enfuir, mais il ne le pouvait pas, ses muscles ne lui répondaient plus. La statue s’avançait lentement, son visage impassible, provoqua en lui un intense frisson. Il essaya de lui parler, mais elle ne répondit rien. Puis la lune éclaira un peu plus. La peur lui fit oublier qu’il était le premier. Oui, personne avant lui n’avait posé le regard sur l’intégralité de ce corps. Ces formes si belles, si subtiles. Il ferma les yeux, attendant qu’elle lui donne le coup de grâce. Ses yeux s’écarquillèrent de surprise lorsqu’il sentit sa main caresser sa joue.

Au début, il se sentait très mal à l’aise. Mais l’Odalisque avait les arguments afin de faire disparaître la gêne. Une onde remontant du plus profond de ses entrailles traversa son corps lorsqu’elle posa ses lèvres sur les siennes. Les mains de la belle, glissant le long de son torse, puis son corps froid contre le sien qu’elle commençait à dénuder lentement. Il sentit l’envie monter en lui. Les mains pourtant de pierre étaient si douces, si délicates. Il ferma les yeux et se laissa emporter par cette étreinte de plus en plus passionnée. Elle l’avait mis à nu. À ce moment, il se demanda s’il était en train de rêver. Mais quand elle l’allongea sur le sol et qu’elle commença à le chevaucher, il réalisa que l’instant était bien réel.

Il n’avait jamais fait l’amour. Jamais ainsi… Auparavant, il n’avait connu que l’acte animal. Le mouvement de va-et-vient, si délicat, il se laissait aller au rythme de cette femme qui semblait lui enseigner comment faire l’amour. Elle l’avait choisi, elle lui offrait sa virginité. Mais lui, l’ignora jusqu’au moment où il sentit son hymen se perforer. Il voulut parler, mais elle posa son doigt devant sa bouche. Son regard lui disait de ne rien dire de profiter de ce moment. La nuit était encore jeune, à chaque mouvement de son bassin, une seconde s’écoulait lentement. Elle lui enseignait la patience dans l’acte. Ils n’étaient pas des bêtes, lui était un homme et elle était œuvre d’art. Et en ce moment-même d’Odalisque, elle était devenue Amazone chevauchant la bête. Et lentement, à chacun de ses mouvements, elle apprivoisait sa proie, et de ses courbes gracieuses rendant de plus en plus l’acte d’une sensualité inouïe et intemporelle.

Mais l’éternité ne dure qu’un temps. Et toute une nuit durant, ils s’étaient donnés l’un à l’autre. Le plaisir montant au fur et à mesure que la nuit finissait. L’aube était arrivée, lui gémissait son plaisir, tandis qu’elle donnait des mouvements de bassin de plus en plus amples. Il avait complètement oublié, où il était. Il s’était laissé dompté, et en avait même oublié que le soleil allait se lever. Aux premiers rayons de soleil, il ressentit une boule d’énergie au plus profond de son ventre. Une onde de choc se propagea au plus profond de son être. Une énergie si forte, si intense, mais une véritable extase, et elle continuant le balancement, le plaisir explosa le brûlant de l’intérieur. C’est ainsi qu’il se laissa se consumer…

Lorsque le gardien arriva, il ne remarqua rien d’anormal. Il sirotait son café tout en faisant son tour d’inspection. Il ne fit pas attention que le système de sécurité avait été désactivé cette nuit. Tout semblait en ordre, sauf ce stylo oublié sur une des banquettes. Il le rangea dans sa poche, puis continuant sa ronde. Il passa pourtant à côté d’eux, mais il ne les remarqua même pas. Pourtant, ils étaient là, sous le regard de Caïn. Leurs deux âmes encore enlacées, et lui, enfermé dans le cœur de l’Odalisque afin que leur amour continue chaque nuit à tout jamais…

©Stephane Lvq – 16 juin 2017

Le palefrenier et l’Impératrice

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Un frisson me parcoure l’échine… Quelle agréable sensation ! Qu’il est bon de ressentir cela alors que l’on ne l’a quasi jamais ressenti. L’impression que d’être pieds et poings lié, tout en étant libre de ses mouvements. J’avais le choix de fuir ou de rester et d’affronter ce regard qui me fixait. Je ne suis pas un lâche ! Je ne fuis pas, je n’en ai aucunement le droit, sans quoi ce serai me renier. Ce regard en aurait fait pourtant fuir plus d’un, où alors les plus faibles d’entre eux auraient baissé leurs regards. Mais je n’ai pas fui… Ce regard a transpercé mon âme, et en a lu l’intégralité. J’aurai très bien pu baisser les yeux, faire comme ces autres faibles et misérables. Mais je ne suis pas comme eux… Je n’ai pas envie de me rabaisser à leurs niveaux. Durant trop de temps, on m’a reproché de ne pas être comme tous ces autres… Le rejet, je le connais par cœur. Mais je ne pouvais accepter d’être comme ces autres hommes. Je ne pouvais abandonner, je me l’interdisais. Je n’étais pas coupable de leurs crimes. Elle aurait pu croire que mon insistance était de la défiance, mais loin de là cette idée. Cette insistance, c’était une marque de respect envers elle. Elle se tenait là, face à moi, l’allure fière et majestueuse. Elle n’avait jamais abdiqué devant cette horde de mâle, elle était toujours restée fière devant eux. Et moi, je me trouvais face à elle, simplement, sans aucun artifice. Elle était la femme, moi, je n’étais rien.

Elle aurait pu me gifler de maintenir ainsi mon regard, mais elle ne le fit pas. Elle voyait bien que je n’étais pas comme ces autres. Je baissai ma garde, et la salua avec tout le respect que je lui devais. Elle me souriait… Ce sourire plein de compassion qui efface toutes ces blessures. Elle tendit sa main vers mon visage, et de sa main douce mais ferme, elle me saisit par le menton. Son regard se fit plus insistant et son ton plus dur. Elle désirait voir la peur dans mon regard. Mais c’était sans crainte que je continuai à la regarder. Elle tourna autour de moi, me déshabillant du regard, me scrutant dans les moindres détails. Je ne tremblai pas, je ne connaissais plus la peur. Elle essaya de me surprendre, mais je ne cillais pas. C’est alors qu’elle posa sa main sur mon visage, tout en me regardant fixement, elle m’adressa la parole.

— Tu es bien présomptueux de regarder ta souveraine ainsi. Sais-tu ce qu’il en coûte ?

— Oui, Madame !

— Es-tu venu pour m’affronter et me voler mon royaume ? Dit-elle en continuant à scruter l’intérieur de mon âme.

— Non, loin de là ! J’ai suivi mon instinct. Mon cœur est la lanterne qui allume mon chemin, et celui-ci m’a guidé jusqu’à vous.

— Tu mens !

— Pourquoi mentirais-je ? À quoi cela me servirait si ce n’est que mentir à moi-même ? Je n’ai point envie de me renier !

— D’où viens-tu, jeune palefrenier ?

— Je viens de l’enfer.

— Si tu viens de l’enfer, comment puis-je te croire ? Tu es forcément démon !

— Non, madame… Ces lieux, je les ai observés, écoutés et analysés. J’en connais les moindres secrets.

— Si tu en connais les moindres secrets. Tu es forcément un des leurs.

— Non. Car j’en ai percé les secrets.

— Et que compte tu en faire de ces secrets ?

— Je l’ignore totalement. Mais j’ai l’envie de changer ces lieux, et d’en faire un endroit plus agréable que ce qu’il n’est actuellement.

Elle me dévisagea longuement. Elle y vu clairement, que je ne mentais pas. Elle baissa la tête tout en la secouant en signe de négation. Puis le va les yeux au ciel.

— Mon Dieu ! Que vais-je faire de toi ?

— Je l’ignore.

— Connais-tu la peur ?

— Non, madame…

Elle serra fortement mon menton.

— Serais-tu prêt à défendre ma cause ? Je te laisse le choix… Tu as de la chance. Tes congénères ne l’ont pas habituellement.

— Si ce n’est pour n’être qu’un esclave, cela ne m’intéresse pas !

— Jeune présomptueux ! Tu mériterais que je te claque pour cet affront !

— Ce n’est pas un affront ! Je dis ce que je pense. Comprenez, Madame, que j’arpente un chemin de vérité.

Elle marqua un temps d’arrêt, tout en continuant à me dévisager.

— Tu n’as pas l’air d’un mercenaire, ni d’un brigand ou un de ces hommes de petites vertus ! Je ne te poserai cette question qu’une seule et unique fois… Comprends-tu ?

— Oui, je comprends très bien.

— C’est un signe d’intelligence de ta part. Il est vrai que des esclaves, j’en ai des tas. Un de plus ne serait qu’un jeu auquel je me lasserai très vite…

Elle planta alors son regard définitivement, tel un poignard que l’on pose sous la gorge.

— Acceptes-tu alors de devenir mon chevalier ?

Ces mots, j’en avais tant de fois rêvé. Moi, le jeune palefrenier que j’étais… En ce moment même, l’impératrice en personne, me proposait de m’adouber. C’est alors, qu’en signe d’allégeance, je mis un genou au sol. Tête baissée au départ, remontant lentement la tête en sa direction. Je vis son regard briller. Non par satisfaction d’avoir mis un homme à genoux devant elle, mais heureuse d’avoir trouvé un allié pour défendre sa cause. Elle claque des doigts, et un de ses suivant apporta une longue épée. Je sentis la lame se poser sur mes épaules, puis du bout de sa lame, elle me redressa le visage.

— Sais-tu ce qui t’attend si tu me trahis ?

— J’en ai très bien conscience ! Mais cela n’arrivera pas.

— Comment puis-je te croire ?

— Car nous servons la même cause ! Je le sais à présent !

L’impératrice me sourit, et m’invita à me relever.

— Sois brave et fier, jeune chevalier ! Et que ton cœur reste pur !

— Je n’y manquerai pas. J’en fais le serment !

La souveraine me prit alors la main et me lança un regard complice.

— Venez mon brave chevalier servant, venez me narrez les secrets de l’enfer… En échange de vos bons et loyaux services, je vous enseignerai ceux du paradis…

©Stéphane Lvq – Copyright N°00052749